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Conversation de cadre de porte

8 février 2012

tempête électrique entre nos corps décemment espacés

protégés bras croisés

qu’importe

ce ne sont que supports graciles pour cerveaux suractifs

se parlant sur la pointe des mots

avec des yeux francs

et le moindre « you and I » envoie des salves de papillons

en territoire. hostie. il.

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Le Boy

9 janvier 2012

Ma tête a décrété l’arrêt de la folie entre trois charmes cassés à son sourire poli

 

J’en trouverai un moins beau juste pour me tenir chaud

J’ai trouverai un plus vieux car l’amour c’est sérieux

J’en trouverai un à moi, un fiable et stable alpha

Je suis une femme blindée aux visées justes

quoique légèrement de travers

qui a vu, connu, vécu, vaincu

 et croit pragmatiquement au vert

 

Mais mon cœur de 16 ans

Mais mon cœur de 16 ans

Ne sait pas ça, ce soir, ne sait pas ça.

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Génétique (deuxième partie)

11 décembre 2009

Texte présenté au Cabaret des Auteurs du dimanche le 7 décembre 2009. Thème: “Génétique”.

Première partie ici.

Si les Popocaoui pouvaient constater librement les résultats hilarants obtenus avec les chèvres et les lémuriens, Barbeau restait cependant très discret sur ce qu’il mijotait avec les porcs. La seule chose que les villageois pouvaient voir quand ils gravissaient la butte pour prendre de ses nouvelles était que de nouveaux porcelets naissaient et mouraient à intervalles réguliers dans l’enclos.

Après quelques mois de recherches intenses, ayant complètement abandonné l’espoir de rentrer au pays, Barbeau devint bizarre. Il menait désormais une vie isolée, ne sortant qu’à la nuit tombée. On pouvait l’apercevoir de loin, plongé dans des conversations apparemment fort sérieuses avec le gorille. Les Popocaoui soupçonnaient également qu’il avait commencé à expérimenter sur lui-même. En effet, dans les rares moments où on l’apercevait jour, il paraissait évident que sa peau miroitait au soleil, comme les vampires dans Twilight. Cela créa d’ailleurs une véritable commotion chez les adolescentes de la tribu. La moitié d’entre elles se mirent à éviter prudemment les abords du laboratoire, tandis que l’autre moitié s’y promenait constamment, à moitié nues, avec des garrots de lianes autour des bras et des jambes pour faire saillir leurs veines le plus possible.

Toute cette jeune chair ainsi exposée aurait pu troubler Barbeau, n’eut été de son attention entièrement accaparée par ses travaux et de son intérêt naissant pour les mœurs des chèvres transgéniques. On le vit de moins en moins. Il se mit à compter sur les lémuriens pour lui ramener de la nourriture. La saison des pluies revint. Le gorille finit par succomber lui aussi aux avances constantes des chèvres.

Les Popocaoui étaient inquiets.

Finalement, un matin où il s’aperçut qu’il n’avait pas vu Barbeau depuis 13 jours, Luke Obama Massi Dengo Mwumbu gravit la butte et frappa timidement à la porte de la cabane. Ne recevant pas de réponse, il entra et trouva Barbeau mort. Curieusement, celui-ci était vêtu comme pour voyager, et une grosse valise pleine trônait au milieu de la pièce. Les lémuriens s’affairaient déjà à l’embaumer et à lui lisser les cheveux. Ils se disputaient aussi sur la nuance de fleur d’acacia avec laquelle il convenait de lui teindre les joues. Ce n’était que grognements, petits cris et grincements de dents. Le guerrier ressortit pour aller annoncer la mauvaise nouvelle. Les yeux pleins de larmes, il ouvrit la porte de l’enclos au gorille et le regarda retourner vers la jungle. Ce soir là, on enterra Barbeau derrière l’enclos, dans les sanglots de toute la tribu qui l’avait accueilli.

Les Popocaoui ne s’étaient jamais intéressé au cadre précis entourant les travaux du scientifique. Il jugèrent toutefois plus prudent d’attendre quelques années avant de prévenir les autorités du décès de Barbeau. Celles-ci notifièrent à leur tour la maison-mère de la compagnie, qui dépêcha une équipe sur les lieux. Quand ils arrivèrent, le dernier lémurien savant était mort depuis longtemps et on cacha en vitesse la dernière chèvre transgénique cochonne derrière la maison de la sage-femme.

Les hommes de confiance de Monsanto entrèrent dans le laboratoire et en ressortirent un long moment plus tard, certains en vomissant. Ils brulèrent le labo jusqu’au sol et repartirent en toute hâte. Certains mirent des années à se remettre de ce qu’ils avaient vu là : des rangées et des rangées de bocaux de formol pleins d’étranges porcelets morts. Quand le conseiller juridique senior Lucas Bergstein s’était emparé d’un bocal pour confirmer leur vision, celui-ci avait oscillé entre ses mains tremblantes. Alors, tous avaient pu voir s’agiter sur le dos du porcelet des embryons d’ailes, comme s’il avait voulu fuir le plus loin possible.

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Génétique (première partie)

11 décembre 2009

Texte présenté au Cabaret des Auteurs du dimanche le 7 décembre 2009. Thème: “Génétique”.

Le guerrier Popocaoui qui se tenait devant Samuel Barbeau lui avait ramené le télégramme à la faveur de son expédition mensuelle en pyrogue jusqu’à la plus proche agglomération, à plus de 300 km de là. Il avait aussi ramené une copie du film Twilight, et des popsicles au raisin. Il en suçait d’ailleurs un d’un air grave pendant que Samuel lisait. Le télégramme disait :

« Abandonnez les recherches sur le cochon nouveau et amélioré et détruisez les preuves. Nous avons été déboutés de nos 162 demandes de brevets sur le génôme porcin. Maudits hippies. Palin en 2012!»

C’est dans ces termes que Hugh Grant, président directeur général de la compagnie agroalimentaire Monsanto, et homonyme de l’acteur emblématique de la coupe champignon dans les années 90, mettait un terme à trois ans de travaux acharnés, accomplis en secret dans cette île isolée. Barbeau encaissa le choc.

- Des mauvaises nouvelles, les barniques?, lui demanda le guerrier, la langue bleuie par le popsicle.
- Très mauvaises, répondit Barbeau. Merci, Luke Obama Massi Dengo Mwanbu.

Et Barbeau marcha lentement vers le sommet de la butte, à la lisière de la jungle, où s’élevaient sa cabane et son laboratoire ultrasecret, et où vingt-quatre cochons transgéniques grognaient de joie en se roulant dans la bouette, ignorants de leur sort.

Ce n’est qu’au milieu de la nuit que le scientifiqe réalisa que le télégramme n’évoquait aucunement son rapatriement. La compagnie, pour éviter d’ébruiter ses recherches rendues inutiles, était bien capable de le laisser croupir pour toujours sur cette île perdue. Elle savait très bien que sa peur maladive de l’eau lui interdisait, en plus de la vie sexuelle favorisée par une hygiène normale, le long et hasardeux trajet en pyrogue. Sans l’hélicoptère qui l’avait amené là, il était pris au piège.

* * *

Le lendemain, Barbeau informa Luke Obama Massi Dengo Mwanbu qu’il lui cédait le troupeau de cochons, sauf quatre ou cinq bêtes qu’il souhaitait garder pour l’élevage. La tribu ravie organisa un grand barbecue le soir même. C’est en les voyant se régaler de jambon à l’ananas et de popsicles autour du feu, et en voyant les emballages de popsicles s’embraser comme des lucioles, que Barbeau eut une idée.

Après une nuit agitée, le scientifique examina ses options. Les porcs n’étaient pas les seuls animaux à gambader autour du labo. Au fil des années, Barbeau avait aussi acquis trois chèvres, un vieux gorille inoffensif et quelques lémuriens. Pendant que les villageois se tapaient tous Twilight sur l’unique télé du village, il se mit au travail dans le labo.

Ses premiers essais furent plus ou moins concluants. Les chèvres à qui il avait implanté des gênes de jasmin et de léopard des neiges ne développèrent aucune caractéristique digne de mention, à part une tendance marquée à se frotter partout et à décocher des œillades ravageuses à tout mâle qui s’approchait à moins de dix mètres, peu importe son espèce. Cela amusait beaucoup les Popocaoui, mais effrayait le gorille.

Les lémuriens, par contre, une fois croisés avec des termites et des betteraves, développèrent une intelligence exceptionnelle. Souvent, Barbeau rentrait de sa marche quotidienne et constatait qu’ils avaient fait le ménage du bureau, ou encore amélioré son système de classement. Leur seul point faible semblait être une étrange fixation sur le siège des toilettes : si Barbeau avait le malheur de le laisser levé, comme à son habitude, il retrouvait à son retour ses notes couvertes d’urine, ou sa cafetière profanée d’odorante façon. Barbeau songeait alors à son ex-femme, un brin nostalgique.

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Sainte-Flanelle

12 avril 2009

Texte présenté au Cabaret des auteurs du dimanche le 12 avril 2009. Soirée spéciale “Sainte-Flanelle”.

M. Bob Gainey
Directeur gérant, vice-président exécutif et entraîneur par intérim
Club de hockey le Canadien

M. Gainey,

Je vous écris en espérant m’adresser cette fois-ci à la bonne personne. Le gardien de sécurité du centre Bell est un être taciturne et remarquablement peu doué pour répondre à ceux et celles qui osent l’arracher à son petit écran et à son sac de Doritos. Conséquemment, j’ai déjà perdu un temps précieux à essayer de contacter le commissaire Bettman, ainsi que ce type bien rasé qui, aux dernières nouvelles, est encore propriétaire de votre équipe, du moins jusqu’à ce qu’il la vende à un magnat chinois du porno, ou à Guy Laliberté, ce qui revient un peu au même. Lasse de ces délais indûs, j’ose croire que vous serez en mesure de répondre favorablement à la demande grave et pressante qui me pousse à vous écrire aujourd’hui.

M Gainey, je voudrais aposthasier.

C’est un mot compliqué pour un natif de Peterborough, je l’admets. Laissez-moi préciser ma pensée. M. Gainey, je désire renoncer formellement à ma foi dans la Ste-Flanelle et être dorénavant considérée officiellement comme une athée du Bleu Blanc Rouge. Oui, vous m’avez bien lue.

Je tiens à préciser, M. Gainey, que je ne suis pas, comme vous pourriez le penser, une croyante déçue, éprouvée dans sa foi par vos déboires des dernières années. Non. Je suis plutôt une authentique non-croyante, incapable de feindre plus longtemps un quelconque sentiment d’appartenance. Si vous voulez bien vous donner la peine de consulter les griefs énumérés ci-après, M. Gainey, je suis sûre que vous n’aurez pas d’objection à me délivrer des souffrances morales dans lesquelles me maintient mon appartenance forcée à votre Église.

Grief numéro un : absence de consentement éclairé

Je viens d’une famille de croyants, je dirais même de fanatiques, qui ne m’ont aucunement consultée avant de m’imposer leur croyance dans le Tricolore tout-puissant. À un âge où on n’aspire encore à rien, sauf à ne pas avaler trop de poils de chats en se traînant à quatre pattes, j’ai été baptisée contre mon gré dans le champagne frette d’un ancien bol à salade en argent massif conquis de haute lutte contre les Bruins de Boston. Par la suite, vos étranges et incompréhensibles rituels m’ayant été présentés comme seuls acceptables pour souder mon appartenance au clan, je n’ai jamais eu la lucidité nécessaire pour saisir la portée des autres sacrements qui m’ont été administrés, comme ma première communion forcée en 1986 contre les Flames de Calgary, et ma soi-disant « confirmation » de 1993 contre les Kings de Los Angeles.

Grief numéro deux : atteinte à la qualité de vie

M. Gainey, je ne saurais vous décrire ma frustration de devoir renoncer à mes passe-temps habituels dès qu’une de vos messes est célébrée. Déjà que le jingle obsédant de la Soirée du hockey cause l’insomnie en collant au cerveau telles les jokes de sacoches à Brian O’Byrne, il faut en plus renoncer à se détendre! Impossible de lire avec les clameurs néandhertaliennes qui accompagnent les moindres soubresauts d’un boutte de caoutchouc trop petit pour qu’on le voie, du moins sur ma modeste télé 13 pouces non HD. De plus, il est difficile d’écouter un film tranquillement quand les sirènes se mettent à retentir et les hélicoptères à sillonner mon quartier du centre-ville parce que certains de vos fidèles, crinqués, ont décidé de manifester plus bruyamment que d’habitude leur joie de ne pas encore s’est fait sortir des séries, semant la terreur chez les non-croyants et la prospérité chez Lebeau Vitres d’Auto.

Cette atteinte à ma quiétude ne date pas d’hier. Déjà, à dix ans, sous prétexte d’obéir à votre culte, on m’a souvent arrachée, éperdue et en larmes, du téléviseur devant lequel je ne demandais rien d’autre que d’écouter en paix Anne, la Maison aux Pignons Verts. Je n’ai d’ailleurs jamais compris la pertinence de ce sacrifice, le détail de ses charmantes aventures n’étant pas disponible dans n’importe quel journal le lendemain, contrairement à celui de vos rites fastidieux.

Grief numéro trois : atteinte aux rapports interpersonnels

Souhaitant échapper à la lourdeur de votre dogme, M. Gainey, j’ai recherché l’amitié de gringalets snobs et de nerds soudés à leurs Mac en permanence. J’ai dû finir par m’avouer vaincue, constatant que même les bourgeois finis à grosses lunettes plongés dans du Michel Foucault à longueur de journée succombaient dès que votre cloche retentissait dans le clocher. Je ne saurais vous décrire, M. Gainey, l’ampleur de mon sentiment de trahison, surtout lorsque celle-ci survenait chez moi, quand une faiblesse coupable et un bête esprit de troupeau m’avaient fait synthoniser votre lithurgie. Sourds aux relations humaines, vos conformistes fidèles n’en avaient que pour les commentaires de vos curés. Lorsqu’on annonce à des amis que l’on croit proches qu’on a profité d’un programme gouvernemental pour dépister et avorter un enfant trisomique, il est toujours pénible de se faire « choucher ».

Grief numéro quatre : atteinte à la dignité d’un artiste

Oui, M. Gainey, un artiste. Pour être franche avec vous, mes déboires de conscience ont commencé quand votre Église a laissé Jean Perron, cet artiste dada extraordinaire, pataphysicien dans la droite ligne de Raymond Queneau, auteur de fusions métaphoriques que ne risquerait même pas Boris Vian, se débrouiller seul avec ses détracteurs. Le fait qu’il ait dû payer de sa poche une poursuite pour faire taire ceux qui se moquent de sa façon avant-gardiste et exquise de s’exprimer m’a laissé un goût amer, M. Gainey.

Grief numéro cinq : tactiques de marketing subliminal

Karakas, King, Kaiser, Kitchen, Kurvers, Kordic, Keane, Kjellberg, Kiprussof, Kuntar, Kovalenko, Koivu, Komisarek, Kovalev, Kostopoulos, Kostitsyn, Kostitsyn.

M. Gainey, vous direz aux intérêts alimentaires douteux qui tirent les ficelles dans l’ombre qu’il en faut plus que ça pour me pousser inconsciemment à acheter des spécial K et des Krispy Kremes.

Grief numéro six : atteinte à l’esthétisme

Finalement, M. Gainey, votre ramassis de Slaves à gueules de brutes heurtent régulièrement mes goûts délicats et font aussi peu de cas de mon idéal de beauté que Brian O’Byrne de l’appartenance du filet dans lequel il tire. Déjà que votre logo ressemble à un bol de toilette avec une coche au boutte, il me semble que vous ne devriez pas en rajouter. Il est temps de sévir, M. Gainey, contre les moustaches clairsemées, les coupes Longueil, et dans certains cas, les visages de vos joueurs.

Pour toutes ces raisons, monsieur Gainey, je désire aujourd’hui déchirer mon fanion, quitte à être ostracisée par les trois quarts de la province. Je me suis symboliquement servi pour affranchir cette lettre de mon dollar du Canadien offert en exclusivité chez Métro. Même le sourire promotionnellement rayonnant de Véronique Cloutier ne saurait me détourner de ma démarche.

En espérant recevoir bientôt la confirmation de mon exclusion, je vous prie d’agréer, monsieur Gainey, l’expression de mes sentiments choisis. C’est-à-dire l’urgence, le dégoût, et une pitié, néanmoins bienveillante, à l’égard de ceux et celles qui continuent et continueront sans doute longtemps à vous suivre.

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Décalage

15 mars 2009

Texte présenté au Cabaret des auteurs du dimanche le 15 mars 2008. Thème: “Décalage”.

C’était un beau samedi de septembre à Boucherville. Dans la cuisine de Simone Beaulieu et Richard Paré, au 28 de la rue des Explorateurs, tout était calme. On n’entendait que le lointain vrombissement d’une tondeuse, le martèlement régulier du pilon avec lequel Simone pilait des patates pour le pâté chinois, et les cris de terreur du peuple miniature prisonnier de la thermopompe.

Constance Beaulieu-Paré, 8 ans, préparait un travail scolaire à la table de cuisine. Elle faisait de temps en temps une grimace à Justine, sa petite sœur de 9 mois, installée dans sa chaise haute. Richard surgit soudain dans la cuisine. Il était vêtu de sa salopette spécial bricolage et semblait agité.

« As-tu vu mon tournevis ? », demanda-t-il à Simone.
-Je te l’ai dit, du pâté chinois, répondit celle-ci en brassant le steak haché qui brunissait dans le chaudron.
- J’en ai besoin pour solidifier les tablettes de l’établi, reprit Richard, tripotant sa poche de salopette avec fébrilité.
- S’il en reste, je t’en mettrai dans un tupperware pour ton lunch, promit Simone avec bienveillance.
-Non, j’ai regardé et il n’était pas là, dit Richard.
- Oh, je dirais dans une demie-heure, quarante-cinq minutes répondit Simone.

Bébé Justine profita de l’occasion pour enlever sa suce de sa bouche et déclarer d’un ton sentencieux qu’Hillary Clinton semblait adopter une interprétation assez conservatrice de la convention de Genève, reprenant un thème exploité maint fois en débat oratoire au Centre de la petite enfance « Les Petits Renifleurs de Pelouses Toxiques » . « Maman, le bébé parle », annonça gravement sa sœur Constance en extrayant un popsicle de son oreille. Son travail portait sur « nos amies les asperges », et, de toute évidence, elle avait de la difficulté à se concentrer.

-Chérie, je te l’ai dit, tu es trop petite pour te servir de l’ouvre-boîte électrique, dit Simone en approchant les deux cannes de maïs, celui en crème et celui en grains, de l’engin. Celui-ci, de ses tentacules visqueux, se saisit de sa nourriture de prédilection et commença à dévorer le dessus des cannes dans un affreux bruit de ferraille, projetant des étincelles dans les lunettes de sûreté de Simone.

La petite Justine se mit à pleurer. Richard la prit dans ses bras et commença à faire les cent pas avec elle pour la calmer.

-Penses-tu que Trudel me passerait un tournevis pour l’après-midi?, demanda-t-il à Simone.
- Mais c’est ton tour d’aller à la rencontre parents-professeurs, répondit Simone.
- Ah, j’suis sûr qu’il a oublié la shotte de la ponçeuse pétée, ça fait fait 5 ans, répliqua Richard.
- Parce que j’y ai été les deux dernières fois l’année passée, trancha Simone.

Tenant toujours le bébé dans ses bras, Robert sortit et se dirigea vers chez le voisin. Simone finissait de piler les patates. Constance tournait les pages d’un magazine culinaire pour trouver les plus belles photos d’asperges susceptibles d’illustrer son travail. L’ouvre-boîte éructa avec satisfaction et Simone, retirant ses lunettes de sûreté, plaça les cannes ouvertes près de la lèchefrite et acheva de piler les pommes de terre.

On sonna à la porte. Un homme cravaté tenant par la main un petit garçon aux oreilles décollées se tenait sur le seuil, l’air affable.

-Avez-vous déjà entendu parler de l’amour de Dieu?, demanda-t-il à Simone.
- Du shampoing, du savon, du liquide à verres de contact et des serviettes sanitaires, dit Simone.
- Je vois que vous avez des enfants. Aimeriez-vous que je vous laisse un peu de documentation pour leur parler de Jésus?, reprit l’homme.
- Pourquoi? Le mien fonctionne encore très bien, répondit Simone.

Le petit garçon fixait avec envie les photos d’asperges étalées sur la table devant Constance. Celle-ci finit par s’en apercevoir. D’abord hésitante, elle s’approcha à petits pas et tendit sa plus belle photo d’asperge, agrémentée du sourire de Ricardo, au petit garçon. Celui-ci commença aussitôt à la dévorer avec gratitude. Quant à Simone, celle-ci cherchait comment se débarrasser de l’importun.

-Puis-je vous demander de mettre cette canne de pâte de tomate dans vos poches et de vous approcher de mon ouvre-boîte électrique?, demanda-t-elle, pleine d’espoir.
À ces mots, le témoin de Jéhovah lui fit un large sourire qui tranchait avec le grumeau de contrariété violet qui venait de lui pousser sur la paupière gauche.
- Pas besoin d’être grossière devant mon fils, protesta-t-il doucement, avant de disparaître en bondissant sur son pogo stick.

Richard revint peu de temps après, tenant toujours Justine, qui tenait le tournevis prêté par Trudel. Replaçant la petite dans sa chaise haute, il disparut dans le garage pendant que Constance débarrassait la table et dressait le couvert. Simone avait monté et enfourné le pâté chinois. Elle vida le lave-vaisselle tandis que du garage montait du bruit et des jurons joyeux.

Finalement, la petite famille s’assit autour d’assiettes pleines de belles portions de pâté chinois fumant qui furent attaquées avec appétit.

- Ce soir, tu t’occupes des filles, dit Simone à Richard. Je veux me faire couler un bain et me faire une petite soirée spa. Il faut que j’essaie mon nouveau savon à la boue de Rhassoul.
- Robert Bourassa a ben mal pris ça, déclara Richard, quand ils l’ont accusé de jeter de l’argent par les fenêtres pour sauver les Jeux Olympiques de 1976.
- Ostie de maire Drapeau, déclara bébé Justine en se tartinant le visage de maïs.
- C’est vrai mon bébé, j’ai un peu moffé l’assaisonnement, répondit Simone avec bonne humeur en saupoudrant généreusement son assiette de bicarbonate de soude.

Ce soir-là, tandis que Simone se prélassait dans son bain et que Richard se tapait un bon Pixar en compagnie de sa progéniture, un courageux commando de Minimini éventra la thermopompe avec le tournevis dérobé. La paix et la justice retombèrent sur Boucherville, ainsi que la nuit et quelques nuages de sauterelles.

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Paradigme

13 mars 2009

Texte présenté au Cabaret des auteurs du dimanche le 8 mars 2009. Thème: Paradigme. Concept: échange de correspondance. Comparse: Martin Petit.

Lettre de Lorraine Lorrain à Édouard Lefol

Bonjour,

J’ai bien reçu la première version de votre mémoire de maîtrise en sociologie. Votre directeur de maîtrise, le professeur Flickentrüd, est en congé de maladie. Il m’a donc demandé de superviser vos travaux.

Bien que vous affirmiez avec enthousiasme que votre mémoire serait prêt à déposer « tel quel », je pense qu’un ou deux aspects de votre démarche académique mériterait d’abord des approfondissements. Rien de grave, rassurez-vous.

Ainsi, à la page 72, quand vous affirmez que « les trois quarts des problèmes sociaux du Québec pourraient être réglés facilement par l’élimination du financement des groupes de femmes », il me semblerait plus probant d’étayer cette thèse par des ouvrages supplémentaires. Pour l’instant, votre seule autorité semble être un dépliant de Fathers For Justice. De la même façon, quand vous prônez, à la page 88, la création d’une « Commission nationale pour la reproduction sélective », l’ensemble de vos références remontent à la période 1921-1938. Je voudrais simplement vous sensibiliser à l’accueil plus ou moins favorable réservé aux thèses eugénistes depuis la Deuxième Guerre Mondiale.

En ce qui concerne la forme, je tiens à mentionner que, n’ayant pas fait d’études classiques, je ne lis pas le latin. Je ne saurais donc analyser en profondeur les pages 37 à 54 où vous dites réfuter Cicéron lorsqu’il défend, à tort selon vous, la supériorité de la République sur la tyrannie. Toutefois, mon fils, qui est graphiste, m’a informé que le Lorem Ipsum Dolar Sit Amet qui revient régulièrement dans cette partie de votre mémoire est utilisé dans son domaine aux seules fins de combler des espaces. Sans doute s’agit-il d’un raté de votre logiciel de traitement de texte auquel il vous serait loisible de remédier.

N’hésitez pas à communiquer avec moi pour toute question ou commentaire,

Lorraine Lorrain, chargée de cours
Département de sociologie
Université du Québec en Déficit

Réponse d’Édouard Lefol à Lorraine Lorrain

Madame Lorrain,

Peut-être l’ignoriez vous, avez vous oublier, mais nous fêterons le 8 mars prochain, le 3ème anniversaire de mon expulsion de l’université grâce au sabotage féministe que vous avez savamment orchestré, ou devrait-on dire, sauvagement or-castré.

Comment oublié le perfide plaisir avec lequel vous vous êtes acharnée sur mon mémoire Les hommes et les enfants d’abord.

J’eu beau plaider ma cause au recteur, votre travail de saccage était déjà commencé. On connaît la suite, une femme se doit de faire couler du sang une fois par mois, et ce fut moi qui fut sacrifié pour satisfaire le lobby lesbien.

J’ai su que j’avais à faire avec la crème des succubes quand vous avez sortit votre livre « Marc Lépine n’est pas mort » (pour lequel vous avez pigé sans vergogne dans mon mémoire sans m’en demander permission), culminant avec votre passage à Tout le monde en parle y allant de vos «talibans en skidoo» «impuissants du cortex» et autres « gros macho petit cerveaux » pour faire rigoler ce désolant cercle des fermières pour hommes roses du plateau du plateau Mont-Royal.

Cela fait donc trois bonnes années à rire de moi sur toutes les tribunes sans que je ne puisse répondre. Et quand on m’offre des tribunes pour faire valoir mon point de vue, comme ce fut le cas lorsque Dieudonné m’invita à monter sur scène avec lui, c’est pour ensuite mieux me faire rentrer dedans par Richard Martineau via ses 14 plateformes médiatiques intégrés.

Mais voilà que ces trois années à servir de morceau de viande frais pour les chiennes de garde de la pensée unique à Payette. (Payette l’ex ministre), ces trois années prennent fin aujourd’hui avec cette lettre d’éviction.

J’ai effectivement le plaisir de vous annoncer que je viens de me porter acquéreur de l’immeuble que vous louez présentement et de faire valoir mon droit d’offrir votre logement à un membre de ma famille.

Vous, votre fils, vos chats et votre mépris devez donc avoir quitter les lieux le 1 juillet. D’ici là, puisque les bons comptes font les bons amis, veuillez maintenant faire vos chèques mensuels à l’intention de Édouard Lefol.

Sans rancune.

Réponse de Lorraine Lorrain à Édouard Lefol

Bonjour M. Lefol,

Depuis votre dernière lettre, j’ai appris plusieurs faits que, comme nouvelle chargée de cours, j’ignorais totalement. Notamment, votre expulsion de l’université et les circonstances regrettables entourant le burnout du professeur Flickentrüd.

Ma fille, qui est psychiatre, estime que votre lettre témoigne d’un délire paraphrénique semi-dissociatif reposant sur un trouble narcissique à tendance paranoïaque. Elle pense que de vous confronter dans vos illusions pourrait aggraver sévèrement votre condition.

Toutefois, ma fille, comme le reste de la génération Y, est beaucoup trop pessimiste. Je prendrai donc le risque de vous dire que, bien qu’ayant effectivement publié un livre sur les victimes de Polytechnique, je n’ai jamais plagié le mémoire que vous avez tenté 16 fois de déposer au département (si j’en crois votre dossier) et je ne suis pas à la tête d’une kaballe féministe menée contre vous.

C’est fort probablement la célébration annuelle d’une Journée de la Femme coincidant avec votre expulsion qui vous travaille. De plus, si vous êtes comme moi, vous êdevez être affecté par la décroissance de la lumière matinale imputable au fait que nous avons avancé l’heure. J’aimerais vous mentionner que ça me fait très plaisir que, parmi toutes les émanations de votre cerveau malade, il y ait une vision de moi à Tout le Monde en parle. J’en suis très flattée.

Concernant votre soi-disant « avis d’expulsion », mon propriétaire m’a montré votre offre d’achat, rédigée au crayon de cire sur une napkin sale, et qui semblait avoir été mastiquée. Votre entrée pour le moins brusque par la fenêtre de son salon lui a fait très peur. En passant, la « notaire » devant laquelle il a fait semblant de passer l’acte de vente pour que vous acceptiez de partir était Jade, sa petite-fille de trois ans. D’ailleurs, si vous consultez votre copie, vous verrez que les témoins présents pour la transaction étaient Nounours et Dora l’exploratrice.

J’imagine que vous croyez sincèrement être mon propriétaire, ou qu’il s’agissait d’un subterfuge pour échapper à la misère où vous ont mené vos idées controversées. Quoi qu’il en soit, je joins à la présente un chèque représentant l’équivalent de mon loyer, pour vous prouver ma bonne foi. Faites-en bon usage, et n’oubliez pas de prendre scrupuleusement toute médication qui pourrait vous être prescrite par un professionnel de la santé.

Lorraine Lorrain, chargée de cours
Département de sociologie
Université du Québec en Déficit

P.J. Chèque de 960$

P.S. Sans endosser vos autres idées, je partage votre antipathie pour Richard Martineau.

Lundi 9 mars : Chronique de Richard Martineau

Vous avez vu le gars qui a bloquer le pont Jacques-Cartier, hier matin, le barbu habillé en Wonder Woman avec son immense banderole où il était écrit : Dora l’exploratrice mon cul ?

Vous avez vu la réaction des groupes de femmes ? « C’est un geste pour dénigrer la journée de la femme, ça montre que le combat n’est pas gagné! »

Vous n’êtes pas tannés, vous ? En tout cas, moi j’en ai plein mon casque de me faire traiter de morron chaque fois qu’un cas de psychiatrie bloque le pont.

Pour montrer à quel point ces groupes de pré-frustrées sont dans le champ, le journal a appris qu’aucune plainte ne sera porté contre l’homme costumé, parce qu’il souffrirait d’un épisode de dépression sévère.

Vous êtes pas tannés de ça vous ?

Un dépressif paralyse la ville et va se faire cajoler dans un institut plein d’infirmières et le gars qui ne peut pas payer ses tickets de vitesse va finir à Bordeaux.

Pis paraît que notre Wonder boy est un ancien de l’UQAM qui est devenu mendiant.

Je veux ben croire que ça fait pitié des mendiants, mais comment il a fait pour se payer un costume de Wonder Woman, un lasso jaune pis des bottes de cuir rouge ? D’ailleurs mon collègue, le scab de la page 4, nous apprend qu’il en avait exactement pour 960$ sur le dos.

Moi je me dis que si un sans abri est capable de mettre de côté 960$, il est loin d’être fou !

À bien y penser, un sans le sou qui économise 960 $ c’est mieux qu’Henri Paul Rousseau à la caisse de dépôt qu’on payait des millions pour nous faire perdre des milliards.

Le pire c’est qu’on lui a remis un bonus pour avoir quitté sa job.

La prochaine revendications des groupes de femmes ça va être quoi ? Un bonus pour Monique Jérôme Forget pour la disparition de notre bas de laine ?

Je ne sais pas si c’est juste moi qui a hâte que ça change.

Mais hier c’était la fête de la femme, mais bizarrement, aujourd’hui j’ai comme un gros mal de tête de gars.

Allez sur Canoë pour entendre la chronique de Richard Martineau lue par Marie-Mai en direct de ma maison Rona.

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Marguerite écrivant seule pour des muses taciturnes

25 août 2008

De temps en temps, en interrogeant mon agrégateur, je tombe, non seulement sur des billets de blogueurs que j’aime, mais sur des commentaires comme celui-ci. Ils me font un p’tit v’lours, ces commentaires. Ils me font rêver comme le fantôme folâtre d’une petite vieille, ravie de voir qu’on vient poser des fleurs fraîches sur sa tombe.

Bon, ”tombe” est peut-être un terme un peu fort. D’ailleurs, cette métaphore est croche. Moi, je suis bien vivante, c’est mon blogue qui flatline allègrement. Vie et mort des blogues, un sujet de thèse fascinant.

J’aimerais m’excuser de négliger ceux et celles qui viennent encore ici de temps en temps, espérant quelque billet de ma part. La vérité est que j’ai trouvé une autre tribune et que je n’ai plus de temps pour celle-ci. Je ponds vid sur vid pour urler.tv.

En janvier 2007, au moment d’inaugurer ce blogue en uploadant la photo de Banane-et-la-bouteille-de-gin, je débordais d’idées et d’inspiration, de pensées qui revenaient me spinner dans la tête à intervalles réguliers: ”Moi! Moi! Choisis moi!”. L’idée avait déjà une forme, un début et une fin. Même chose pour les Auteurs du dimanche, une formidable occasion pitchée sur mon chemin par ce charmant personnage, le même qui m’a décerné un prix en forme d’amical bottage de fesses. De la fa-ci-li-té. Ouvrir cerveau, mettre thème, laisser macérer, verser texte dans document. Réciter, espérer que rire, espérer qu’applaudir. Se rasseoir. Boire gin pour calmer vertige. Avoir hâte à la prochaine fois.

Oh, c’est fini ce temps-là, Gerda. Introducing: le néant.

La dernière fois, je m’étais empressée de gratter de la terre sur le problème avec mes pattes arrière en invoquant Facebook, les exigences de la passion et le cynisme existentiel. Tous ces facteurs sont encore aujourd’hui dans mon cas, objectivement, des empêcheurs (dont certains très agréables) de bloguer en rond. Mais le plus gros empêcheur, c’est le fait de n’avoir rien à dire, la tête vide, la Reine de Coeur écrasant de sanglants embryons d’idées sous ses talons, au cri viking de ArkPoch. Comme si toute reconnaissance ne me donnait non pas confiance, mais la cafardeuse certitude de bientôt décevoir. Le deuxième plus gros empêcheur, c’est de n’éprouver qu’une lointaine et nauséeuse désapprobation des évènements désagréables, en lieu et place de l’indignation lyrique, et un abandon proche de la stupeur au ronron du quotidien, tenant lieu de dérive imaginaire.

Impulsion de s’asseoir et de coucher quoi que ce soit sur écran = nulle. Capacité d’automotivation = buisson épineux qui roule par là pendant que ça fait vvijjj dans le background.

J’aimerais m’excuser de négliger ceux et celles qui viennent encore ici de temps en temps, espérant quelque billet de ma part. La vérité est que j’ai trouvé une autre tribune et que je n’ai plus de temps pour celle-ci. J’en suis à mettre la touche finale à mon premier roman.

J’ai l’impression d’avoir échoué. Échoué comme échec et échoué comme épave éventrée sur un récit-F, avec du lichen visqueux sur la tête. Je n’ai pas fracassé le dolmen dont je parlais ici (à l’avant-dernier paragraphe, tapez-vous pas tout ça). Honte sur le gruyère qu’est ma tête.

Bon, là, je me relis, je trouve que j’ai l’air de me prendre au sérieux, je me juge. Je me relis, je trouve que j’ai l’air de me noyer dans mon nombril, je me juge. Je me relis, je trouve que c’est cave de prendre la peine de dire qu’on n’a rien à dire, je me juge. ArkPoch! AAARRKKPPPOOOCCCHHHH!!!

Je sens que je vais devoir émettre des constats désagréables, genre: tu n’as pas d’énergie, tu as la tête vide, tu as des trous de mémoire, ton self-esteem est bas et tu te sacres de toutte. ET on n’est même pas encore en novembre.

J’aimerais m’excuser de négliger ceux et celles qui viennent encore ici de temps en temps, espérant quelque billet de ma part. La vérité est que j’ai trouvé une autre tribune et que je n’ai plus de temps pour celle-ci. Je vais être calife à la place du fucking calife.

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C.C. Mon blogue

18 avril 2008

«Je pense qu’il n’est pas un seul député ici, quelle que soit sa position sur ce projet de loi, qui ne sympathise pas entièrement avec la douleur que peut entraîner [la perte d’un enfant désiré] pour la victime et ses proches. Toutefois, cela m’a amenée à me souvenir que c’est pour une bonne raison que nous ne confions pas à une personne frappée par la douleur d’une tragédie personnelle le soin de rédiger ou d’adopter des lois dans une société démocratique et plurielle.» – Alexa McDonough, NPD, débats en deuxième lecture du projet de loi C-484.

Bonjour Mme Robillard,

En tant que femme et résidente de Westmount / Saint-Louis, je vous écris pour vous demander de faire preuve de leadership dans l’opposition au projet de loi 484.

Malgré les propos rassurants de rednecks dont le jupon pro-vie dépasse, je trouve ce projet de loi navrant à plusieurs égards, pour des raisons qui sont bien résumées ici.

En gros, ce projet de loi est inutile, porte atteinte à la liberté des femmes et s’inspire de ce que fait la droite américaine dans plusieurs États qui sont loin d’être progressistes.

Je vous serais reconnaissante de transmettre ces préoccupations à votre chef et de témoigner en Chambre du mécontentement des gens de votre circonscription quant à ce projet de loi.

Il faut protéger les femmes – toutes les femmes – contre la criminalité et la violence… mais pas en donnant des droits aux foetus!

Cordialement,

Ironica Lewinsky

En passant, si jamais ce projet de loi était adopté et qu’une province s’avisait de restreindre le droit à l’avortement au nom du droit à la vie du foetus “maintenant reconnu en droit criminel”, l’éventuelle audition à la Cour Suprême se ferait notamment devant Louis “Chantal Daigle n’a pas le droit de se faire avorter” LeBel.

(Au moins, on n’a plus à s’inquiéter des retraités, comme le juge John “Traitez les vilaines junkies enceintes contre leur gré” Major et le juge Michel “Le foetus peut poursuivre sa mère” Bastarache.)

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Déneigement

2 avril 2008

Texte présenté au Cabaret des Auteurs du Dimanche le 30 mars 2008.
Thème : « déneigement ».

Jérémy Dessureaux-Loiselle émergea de la sortie J du tunnel Plateau Sud-Est numéro 4, coin Cartier et Laurier. Partout, on ne voyait qu’une immense étendue blanche enserrant les immeubles jusqu’à leur deuxième étage. Jérémy soupira de découragement. On n’était que le 30 mars. Il restait donc pas moins de 6 semaines avant le printemps, la nouvelle échéance ayant été adoptée pour faire comme les Américains par le gouvernement pragmatique du jeune Trudeau – Alexandre – en 2030.

Désorienté, Jérémy consulta sa position sur l’écran de son I-Toutte. « Vous êtes à 142 mètres de votre domicile» sussurra la voie électronique de son appareil. Rassuré, Jérémy règla la voix du I-Toutte à « moins cochonne » et commença à se traîner en direction de chez lui. Passant devant un des rares détecteurs publicitaires de mouvement épargnés par la neige, il fut assailli par une projection holographique d’acrobates et de cracheurs de feu qui se démenaient pendant que les mots « Québec 2058 » tourbillonnaient en arrière-plan. « Y vont-tu nous lâcher avec leur estie de 450e », bougonna Jérémy, chauvin, mais surtout déprimé.

Au passage, Jérémy plongea une main dans sa poche et jetta quelques carottes au troupeau de chevreuils qui traînaient devant le dépanneur Laurier. En effet, les braves bêtes trouvaient les ruelles du 514 passablement plus utiles pour se protéger du vent et de la neige que les épinettes malingres des Laurentides. Ils avaient donc profité du réseau routier rendu inaccessible aux véhicules et traversé la Rivière des Mille-Îles et la Rivière des Prairies, complètement gelées sur 12 pieds de profondeur, pour se répandre dans toute la ville.

Jérémy progressait péniblement vers chez lui, tâchant de profiter des endroits où la pisse de chevreuil avait fait fondre la neige. Finalement, exténué, il parvint jusqu’à ce qui était, l’été, un haut de duplex, frappa à la fenêtre du salon, l’ouvrit, et l’enjamba. Sa copine, Rania était déjà rentrée. Jérémy l’avait rencontrée dans le cadre du programme de parrainage « Flocons et Merguez», soi-disant destiné à aider les immigrants du Maghreb à s’adapter à l’hiver. En fait, le programme visait carrément à les attacher au Québec de façon à ce qu’ils ne repartent pas chez eux. Leurs compétences étaient désormais indispensables dans une nation où la Grande Grève Étudiante de 2016-2021 avait scrappé les connaissances de toute une génération, au nom bien sûr du droit à l’éducation.

Jérémy était à peine entré qu’un « bang, bang, bang » insistant se fit entendre. Il provenait de la trappe d’accès de la locataire du rez-de-chaussée, Mâme Cliche. Comme toutes les personnes habitant au rez-de-chaussée ou dans un semi-sous-sol, Mâme Cliche restait clouée chez elle tout l’hiver. Le gouvernement s’était contenté de faire installer une trappe vers les étages supérieurs pour les situations d’urgence. Tout ce beau monde était ravitaillé deux fois par semaine en nourriture et en produits de première necessité par un organisme qui fournissait aussi des services sexuels afin de garantir la paix sociale, et qu’on appelait donc communément la « Ploplotte roulante ».

Jusqu’ici, Mâme Cliche n’avait pas abusé de son droit de sortie. Elle ne s’en était prévalue que deux fois: une fois pour aller passer les Fêtes chez sa bru et une autre fois en février, pour le traditionnel bingo de mi-hiver. Intrigué, Jérémy ouvrit la trappe. Mâme Cliche se hissa dans leur salon à la vitesse de l’éclair, son teint verdâtre coloré de rose par l’excitation, ce qui faisait un espèce de brun, quand même assez seyant.

-Jérémy! Radia! Écoutez ça! Elle brandissait son I-Toutte, où l’hologramme d’une jeune femme en collants fleurs-de-lys, emblême bien reconnaissable des messages gouvernementaux, attendait poliment que l’on presse « jouer de nouveau ». Le jeune couple se rapprocha tandis que la voisine actionnait l’appareil d’un doigt tremblant :

« … et c’est pourquoi, décrètait la voix du premier ministre, demain le 31 mars, toute la population valide sera mobilisée pour une immense corvée de déneigement. Chaque citoyen sera responsable de l’enlèvement d’une certaine quantité de neige, en fonction de son sexe, de son âge, de sa forme physique et de son indice d’estime de soi indexé. Des camions-ski et des hélicoptères thermiques viendront se poster à 12 629 points différents de Montréal pour recueillir la neige. Les tire-au-flanc seront tirés dans les flancs. Des opérations semblables auront lieu partout à travers le Québec. Soyez prêts dès 7 heures. Fin du message. »

Jérémy n’en croyait pas ses oreilles. Il eut soudain une vision fugace de gazon détrempée, de trottoir, de solidarité partagée. Et pourquoi pas? Pourquoi ne mettraient-ils pas fin au règne interminable de cette saison vindicative en sabotant la source de son pouvoir, ces trois fuckin mètres de neige?

Le lendemain matin à six heures cinquante, Jérémy, Rania et Mâme Cliche étaient au poste, turbopelles à la main, pleins d’espoir. Certains voisins pelletaient déjà le long des immeubles. En attendant les camions et les hélicoptères, ils faisaient des tas au milieu de ce qui allait enfin redevenir la rue. Ça et là, on voyait apparaître le haut d’une fenêtre de rez-de-chaussée et un visage verdâtre et rayonnant. De partout, on entendait le ronronnement des pelles, des jurons enthousiastes et des interjections joyeuses. René-Charles, le voisin primé qui aimait l’hiver, exprimait son mécontentement de voir la saison de ski se terminer ainsi prématurément, mais la menace d’un coup de pelle le fit taire.

Enfin, vers les sept heures vingt, on entendit vrombir un hélicoptère. Aucun camion-ski n’était encore en vue et les congères commençaient à devenir hautes. Enfin, ce premier hélicoptère se posa et les citoyens pelleteurs, partout à travers la ville, entendirent vibrer, sonner, chanter ou gémir leur I-Toutte, signe incontestable qu’un message allait leur être transmis.

Et pour être transmis, il le fut. La voix détestable d’un animateur et imitateur de la Ville de Québec se fit entendre :
-Poisson d’avril, chers Montréalais, hahaha, vous êtes tous bien cutes avec vos petits tas de neige, hahaha, voyons, qu’est-ce que vous faites là, pensiez-vous vraiment qu’on allait venir vous sortir de votre marde blanche, pas du tout, pour une fois que vous pouvez pas péter plus haut que le…

Le reste de son message se perdit dans un hurlement car les 12 personnes les plus proches, dont Jérémy, ainsi qu’un chevreuil, s’étaient introduits dans l’hélicoptère afin de péter la yueule au plaisantin. Celui-ci porta plainte pour voies de fait et les pauvres citadins bernés furent condamnés à six mois de prison. Leur avocat plaida avec beaucoup de brio que cet emprisonnement les empêcherait de jouir de l’été et constituait donc une peine cruelle et inusitée, mais le juge, malheureusement, se montra aussi impitoyable que l’hiver l’avait été.

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