Archives pour juin 2007

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À nos amours modernes

26 juin 2007

Une nouvelle pour geeks.

Toi et moi avons commencé à bloguer à peu près en même temps, il y a un an. Toi pour pourfendre les cons et te remettre au passage d’une peine d’amour. Moi pour divertir les masses et accessoirement me distraire d’un travail abrutissant.

Nos fils d’araignée se sont croisés chez le Pouètephoo, qui après quelques semaines de probation, nous a élevés le même jour à la dignité de sa sélectissime blogoliste, avec tambour et trompettes. Intriguée, je suis allée voir dans tes plates-bandes. Tu déblatérais sur l’immaturité chronique de notre génération, l’incommunicabilité entre éternels adeptes de la fuite. Tu étais dur, pur et coupant. Je t’ai blogolisté, non sans avoir d’abord constaté, sur ton flickr, que ton plumage se rapportait à ton ramage.

Le lendemain, tu m’as blogolistée aussi. Nos courriels étaient faciles à trouver. Cette semaine-là, nous nous sommes réciproquement acceptés comme contacts MSN et nous avons mutuellement souscrits à nos signets dans del.icio.us. Le tango virtuel pouvait commencer.

Tu as fait les premiers pas, ce que j’ai trouvé très viril. Je décrivais longuement dans un billet les différents supplices que j’aimerais faire subir à mon boss. Tu es allé déposer ceci dans les « liens pour moi » de del.icio.us. J’ai hurlé de rire. Le même jour, tu parlais de Boris Vian en disant que tu ne le connaissais que comme auteur et le lendemain, dans une brochette de vidéos vintage, j’embeddais cela.

J’ai plein d’exemples comme ça. C’était le bon temps. On se faisait écho. On se rendait hommage. On roulait des mécaniques. On sortait nos mots du dimanche et notre stock le plus trendy. Des papillons invisibles dansaient.

J’ai subi un réel choc la première fois que ton « salut » a surgi sur MSN. Nous avons chatté laconiquement comme des cowboys qui se jaugent. Trop de nervosité. Peu d’esprit. Mon cœur battait à tout rompre. Le lendemain tu as écrit un billet sur le caractère artificiel, exaspérant, désincarné et limitatif du chat. Tu as réclamé des échanges plus directs et vrais ou à défaut, plus aériens et subtils. J’ai écrit un commentaire anodin, le premier entre nous, pour abonder dans le sens du aérien et du subtil.

J’étais une fervente utilisatrice de Myspace, convertie par ma cousine de 18 ans avec qui j’écris à quatre mains un bulletin hebdomadaire « recette, idée de sortie, coup de cœur musical, joke de cul » (Elle fournit les jokes de cul). Après que tu te sois installé dans ma tête, un haïku hebdomadaire poche est venu s’y greffer. Le premier faisait référence à deux de nos billets : « Guerrier de l’absurde, tu tortures ma tête de folle, nous devons frencher ». Le lendemain, jour de la St-Valentin, en commentant un billet des Jerks From Hellifax, tu le citais comme exemple de voeux de la St-Valentin tolérables parce que non cuculs et même sexy. J’étais ravie.

Nous avons eu des hauts et des bas. En plein hype, je me suis moquée de Facebook, cette communauté d’« élitistes autarciques ». Toi tu étais déjà membre depuis des mois pour rester en contact avec ta sœur globe-trotter, comme tu n’as pas manqué de le bloguer un peu séchement. Contrite, je me suis vite inscrite. J’ai prélevé pour ce faire ma meilleure photo sur le flickr que je m’étais parti le mois même. Je savais que j’allais te plaire, d’autant plus que mon portrait coulait tout droit de l’oeil d’Ellie Arpin, alias JetEllie, l’ancienne sans abri, redoutable croqueuse de beau et de laid urbain.

Je ne savais pas ton vrai nom, caché derrière ton pseudo et tu n’avais pas mis ta photo sur Facebook, te contentant d’un logo stylisé différent de celui de ton blogue. Ayant vainement cherché ton patronyme aux quatre coins de la blogosphère, je t’ai retrouvé en écumant un groupe de blogueurs et en contrevérifiant avec ton âge, le style de tes notes et tes goûts musicaux. Je connaissais déjà tes archives comme le fond de ma poche. Pas de doute. C’était toi. J’ai testé la sonorité de ton prénom en le gémissant à quelques reprises ce soir-là. J’ai approuvé ton nom de famille en l’accolant aux prénoms de nos futurs enfants.

Oh, ne te méprends pas, j’étais folle.

Toi aussi.

Mon profil Facebook était privé. Tu n’avais pas accès à mon wall à moins de devenir mon ami. Je t’ai envoyé une demande d’amitié qui est restée lettre morte. Je souffrais mille morts, d’autant plus que tu avais, cette semaine là, vanté abondamment Frite McPain dans un de tes billets. J’étais jalouse.Tu as accepté mon amitié exactement une semaine plus tard et pondu parallèlement sur ton blogue un billet sur l’importance de se faire désirer par les femmes qui nous intéressent vraiment, de peur qu’elles ne se lassent trop vite.

J’aurais voulu t’arracher un bras et te fesser avec le boutte qui saigne.

Nous avons commencé timidement à graffiter nos murs et à faire écho à nos status. J’écrivais en guise d’état «Truc Muche is un épouvantail» et tu modifiais le tien 22 minutes plus tard pour affirmer «Chose Bine is un cerveau» parce que nous avions vu sur nos profils respectifs un attachement commun pour le Magicien d’Oz. Les jeux de tête montaient d’un cran. Je consultais frénétiquement tes photos, vidéos et infos et je savais que tu faisais la même chose. Parfois nous étions tellement sur la même longueur d’ondes que je paranoïais. Tant de coincidences me semblait impossible. Tu m’avais sûrement hackée pour lire mes brouillons. Je t’en savais capable. J’exhibais ce parallélisme surnaturel à Coloc Rationnelle, qui roulait de gros yeux et retournait à ses macaronis.

Nous avons continué comme ça un bout de temps à nous envoyer du morse, des signaux de fumée, des pigeons voyageurs et du sémaphore de blogue en blogue sans jamais nous linker. C’était notre convention. J’aimais te confronter et te contredire sur tes idées, de façon occulte. Toi, tu tournais mes goûts en dérision, bien subtilement. Tu aimais aussi parodier mes titres quand tu postais le même jour que moi, pour divertir nos lecteurs communs agrégés qui pouvaient les voir en parallèle. Notre hâte grandissait. C’est ainsi que nous avons commencé à dropper dans nos billets, mine de rien, quelques informations personnelles à caractère pratique : notre disponibilité affective, nos quartiers respectifs, nos bars de prédilection, notre type de porn préférée. Nous testions nos compatibilités en prévision du Grand Voyage Dans l’Autre Monde. Le vrai.

J’ai fini par quitter le travail qui me tuait et j’ai pondu mon meilleur texte à vie, des muses hystériques et hilares gambadant autour de mon portable. Cette journée-là, tu m’as écrit un courriel pour la première et la dernière fois, un texte sublime, un billet juste pour mes yeux. J’ai joui de le lire. Parce que tu étais fier de moi, plein de tendresse, parce que tu me comprenais, parce que tu savais exactement ce que j’éprouvais. J’ai posé mon front sur mon tapis de souris, béate de gratitude envers la vie, raide dingue de toi. J’ai blogué un «merci» qui a plongé mon lectorat dans la perplexité.

L’occulte est éphémère. De morse en signaux de fumée et de pigeons voyageurs en sémaphore, une mouche plus fine que les autres a fini par allumer. Holden Coolfield lui-même a osé bloguer la question: «Is it just me or have these two been hitting on each other for the last five months? », avec une vingtaine de liens à l’appui. Un billet très ludique. Étonnante et minutieuse recherche. Quoi qu’il en soit, nous étions découverts. Ses lecteurs applaudissaient de voir nos virtuelles culottes à terre, tirées de main de maître par le blogueur fouineur.

C’était deux semaines avant la grande rencontre des blogueurs de notre Fair City. J’y allais depuis des mois, c’était ton premier. Tels les Libéraux, nous étions prêts. J’ai hurlé (effrayant Coloc Rationnelle) quand j’ai reçu sur Facebook ta friend detail request: tu me demandais de confirmer que nous étions «in a relationship». Je t’ai écrit un message pour accepter, mais à la condition qu’on arrive ensemble à la Grand’Messe. Tu as accepté, à condition qu’on arrive en se tenant par la main. J’ai accepté, à condition qu’on arrive en se tenant par la main avec chacun une couronne sur la tête. Nous avons échangé moult lol. “Accept” dûment cliqué, j’ai eu le vertige en voyant nos noms, les vrais cette fois, réunis sur un écran pour la deuxième fois de la journée. J’ai fait un autre alt+printscreen, j’ai photoshoppé un brin et je me suis fait un fond d’écran avec le jpeg avant d’aller me coucher pour ne pas dormir un peu.

***

Trois jours après, j’étais dans l’autobus, ce qui m’arrive rarement car j’aime la condition piétonnière. J’allais voir mon amie Mylène dans le Mylèned. Je pensais à toi en écoutant ta playlist de la semaine, musicooleur que tu es. Tu es monté. Mon cœur s’est arrêté. J’ai cru que j’hallucinais. Ça m’arrive. J’ai cligné des yeux, regardé mieux.Tu ne voyais personne, ipodé, tout à ta bulle, vêtu d’un t-shirt bleu acheté sur The Dissent Factory à ma suggestion, un soir que tu te plaignais de ne pas avoir de linge. Tu as fini par tourner la tête dans ma direction et tu as tressailli quand tu m’as vue. C’était la première fois que quelqu’un tressaillait en me voyant depuis ma tendre enfance, où je m’amusais à faire des bouhs à ma grand-mère, jusqu’a ce que ma tante Ginette me somme d’arrêter parce que le coeur de Mamie il est fragile. J’occupais le seul siège encore partiellement libre, les autres étant assujettis à des postérieurs divers.Tu es venu lentement t’échouer près de moi.

Tu t’es assis un peu plus près que ce qu’on fait avec les inconnus, merci.

Tu as fixé toi aussi le siège devant nous, bravo.

Tu avais accroché ton ipod à ta ceinture. J’ai constaté en tournant la tête d’un demi-milimètre que la même chanson qui venait de commencer dans mon appareil se terminait dans le tien. Ça m’a coupé le sifflet. Playlist ou pas, c’était remarquable. Une exclamation incrédule et un geste à ce moment là auraient fracassé des montagnes de glace. Rien à faire. Nous avions le cerveau coulé dans une gangue de glu. Machinalement, nous avons tous les deux porté la main droite à notre bouche pour nous ronger un ongle, moi le pouce et toi le petit doigt, trop angoissés pour blaguer sur ce signe tangible d’une appréhension partagée et somme toute, compréhensible.

Une des deux filles du siège d’en avant, une brune joufflue, a commencé à babiller gaiement sur son portable. Tu en as profité pour détourner le regard vers le centre du transporteur en commun. Moi, je traquais une idée avec l’énergie du désespoir. Dire quelque chose. N’importe quoi. Je te sentais aussi tendu, aussi mal que moi. Les niaiseries de la fille fauchaient ras mon inspiration. Elle gisait dans mes bas, un tombeau gai certes, vache bleue d’un côté, rayures roses et grises de l’autre. Je me rappelle que tu as aspiré de l’air profondément, comme un futur noyé.

Pendant ce temps-là, un bel adolescent basané en a bousculé un autre moins beau mais plus lourd, lequel a percuté un monsieur en brun qui a eu le mauvais goût de s’en offusquer. Mon attention et la tienne ne demandaient qu’à se faire happer par n’importe quelle niaiserie miséricordieuse et sont allées de concert englober les protagonistes, dans un réflexe aggravé par notre condition de relateurs virtuels. L’ado a répliqué au monsieur en brun avec plus ou moins de politesse, les autres passagers se sont tendus, le chauffeur d’autobus a crié «ça suffit». Les ados sont débarqués coin Fairmount en invectivant une dernière fois le monsieur en brun, qui arborait, à ce moment là, un seyant teint congestionné.

Vite, partager quelque chose. Un sourire, peut-être? Tu as détourné la tête très naturellement quand j’ai cherché ton regard. J’ai donc ramené mon attention sur la fille au portable, son top vert, sa jupe blanche, les cheveux blancs dans ses cheveux noirs. Tu t’es ravisé un long moment plus tard; ton regard était maintenant sur ma joue froide mais c’est moi qui fixait droit devant, tandis que se terminait dans mon ipod l’incroyable chanson commune. J’ai tendu le bras pour dingner mon arrêt mais quelqu’un m’a battue de vitesse. Tu as perçu mon geste, ce qu’il signifiait, tu t’es raidi encore plus, nos stress se sont confondus, ma tête s’est vidée tout à fait, il n’y avait plus une pensée qui consentait à la traverser, c’était le blocus, le néant, le mnémocide, le hamster habituellement surexcité gisant terrassé dans sa roue.

Tu t’es levé pour me laisser sortir. Ton t-shirt était trempé là où ils le sont d’habitude. Nos regards se sont croisés et, avides lecteurs que nous sommes, lecteurs de prématernelle tous les deux, lecteurs depuis plus de 25 ans, lecteurs expérimentés donc, nous avons lu qu’il n’y avait rien à lire.

Je suis dessangdue.

Ce soir, mon amour, je bois à ta santé. Ce soir, mon non-amour, je verse des larmes. Assise devant mon écran, devant le billet excellent et interminable où tu as narré toi aussi toute cette aventure, où ton style sobre absorbe bien les chocs, où tes inhabituelles métaphores masquent bien la tristesse, où tu essaies d’en rire avec élégance, où tu me dis adieu avec classe, je te lève mon verre, copieusement rempli. À nos amours modernes.

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Un souvenir indélébile

24 juin 2007

Anecdote de circonstance.

Alors qu’il était dans la jeune vingtaine, un ancien collègue de bureau à moi, Montréalais anglophone, plutôt ouvert et francophile, s’était laissé dire que «la Saint-Jean, c’est à Québec que ça se passe» et avait obtempéré avec enthousiasme, seul et prêt à tout.

C’est ainsi qu’il se réveilla sur les Plaines d’Abraham le lendemain, perdu et endolori, pour constater qu’il avait un gros trou de mémoire et une fleur-de-lys tatouée dans le dos.

Imaginez les gars qui se sont dits : «Hey, l’Anglais est soûl mort, on le tatoue, ostie!».

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Pomme Pomme Girl

21 juin 2007

J’attendais impatiemment la venue d’une nouvelle ère où je ne suis pas prisonnière à domicile, où je n’ai pas à synchroniser mon ipod de la job, où je peux visiter tous les sites que je veux et vérifier les liens externes de mon blogue sans que ça ne court-circuite le fureteur, où les lettres m, c, g, v, le point et l’enter ne disparaissent pas sporadiquement, où youtube ne tressaute pas comme un camé bègue, où ma caméra est reconnue et vidée de son contenu, où uploader un document ou embedder un vidéo ne déclenche pas un message d’erreur, où mon disque dur ne grince pas sinistrement, où je ne suis pas redirigée vers fuckin nykd quand je ne tape pas l’adresse complète du site voulu dans ma barre de navigation, où je peux downloader avec succès tous les logiciels possibles, où les sites technoflashy ne laissent pas mon fureteur perplexe, où je peux réussir à éliminer mes vieux torrents, où je peux vidéochatter avec ma sœur au Maroc et où je peux télécharger tranquillement ma porn sans me farcir de virus par la même occasion. (Et voilà pourquoi, Poute, je ne voulais pas informer toute la famille que je bloguais).

And yet… il y a plus d’une semaine que la grosse boîte trône et traîne sur ma table de cuisine et je ne la déballe pas. Angoisse métaphysique. Plus rien pour me ralentir? J’ai peur que la pomme me croque.

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Mauvaise joueuse

18 juin 2007

La rédactrice chauve, que je salue cordialement au passage, m’a filé la tag. On parle livres, les enfants. En fait, on était censé parler livres. On en parlera sérieusement une autre fois.

Quatre livres de mon enfance?

Impossible d’isoler quatre livres dans la masse informe et chère à mon coeur de tous les Petite maison dans la prairie, Comtesse de Ségur, Petit Nicolas, Anne, la maison aux pignons verts et autres « Un bon exemple de kekechose, kekun raconté aux enfants».

Je me contenterai de révéler que dans cette collection, où Grolier exploitait vingt ans avant Mac un exquis design blanc minimaliste, Un bon exemple de soif de savoir… Marie Curie racontée aux enfants était mon chouchou. Pardon à Maurice Richard, Louis Pasteur, Helen Keller, Confucius et la gentille madame qui a parti en Angleterre des prisons féminines qu’avaient enfin de l’allure pis les prisonnières elles arrêtaient d’être des souillones échevelées qui se battent en laissant leurs bébés traîner dans les coins pis elles faisaient de la broderie. En chignon, monsieur.

Les dessins des livres de cette collection étaient laids mais servaient admirablement l’histoire. Par exemple, quand un inspecteur russe entrait dans l’école de Marie Curie, on voyait les petites filles cacher en catastrophe leurs livres de polonais étudiés clandestinement. Ensuite (on tournait la page) on les voyait debout, mains dans le dos, le sourire faux et le sourcil tremblant, face à l’occupant à bonnet de fourrure et moustache chromée. Cette image me stressait à chaque fois. Un bon exemple d’hypersensibilité déréglée… Ironica racontée aux enfants.

Quatre livres que j’emporterais sur une île déserte?

En fait, si on y réfléchit bien, si j’avais des livres sur une île déserte, ça serait par pur hasard. Je les aurais sélectionnés dans l’optique de la destination où je me dirigeais quand le bateau a coulé / l’avion a crashé. Donc ils ne constitueraient d’aucune manière de la lecture d’île déserte. Cette question est absurde. Or, vous l’avez peut-être remarqué, j’ai beaucoup de misère avec ça, moi, l’absurde. L’absurde pis l’ironie. Pas capable.

Je ne lirais pas, moi, sur une île déserte. Je tâcherais dans un premier temps de ne pas mourir de faim et de soif. Ensuite, voici ma prédiction. Après quelques mois sans ordi, sans conversation, sans nouvelles, sans repères, sans loisirs, sans amour, sans alcool, sans bonne bouffe, sans espoir, sans sexe, sans changement, sans amis, sans rien pour me ralentir la tête, je pèterais une dépression ou je virerais follepire et un matin, dans une glorieuse aube jaune et rouge, je m’ouvrirais les veines dans la mer avec un coquillage pointu. Attirés par mon hémoglobine d’excellente qualité, les requins viendraient me manger. C’est plus noble comme fin que de me offer sur la plage et d’être picossée par les goélands, je trouve. Pas vous?

Je ne pense pas que traîner sur mon île Dostoïevsky, Nothomb, Vonnegut ou un autre de ces délicieux névrosés que j’affectionne m’aiderait à échapper à ce funeste destin. Au contraire.

Quatre auteurs que je ne lirai probablement plus jamais?

Wo, wo. C’est quoi, cet appel au jugement? Il ne faut jamais dire jamais. Mal prise, dans une salle d’attente, pas d’ipod, j’aime mieux lire de la schnoutz (ça, c’est comme de la schnoutte, mais yiddish) que rien. Sinon je me mets à regarder autour de moi et ça me déprime. En plus, j’ai toujours peur qu’un autre patient essaie d’entamer la conversation malgré mon air soigneusement rébarbatif. Je lis donc tout ce qui traîne sur les tables, renforcant au passage mon système immunitaire: Paulo Coehlo, Clin d’oeil d’octobre 2004, pages roses d’un vieux Larousse, Christiane F. 13 ans droguée prostituée, brochure médicale sur les dangers de la drogue et de la prostitution chez les jeunes.

Quatre livres que je suis en train de lire?

J’ai un préjugé défavorable à l’égard des personnes qui disent lire plusieurs livres en même temps. Mon cul, quatre livres en même temps. Kessé ça? Moi je dis que vous mentez et que vous dites « lire» des livres que vous n’avez pas ouverts depuis trois mois, sous prétexte qu’ils traînent encore sur la table à café. Ramassez-vous, bâtard. Sinon, soit vous avez beaucoup trop de temps libre, auquel cas je vous suggère de vous partir un blogue, soit vous êtes des méchants craqués.

Ça va faire, le clic pis la zapette! Fixez votre esprit! Si vous trouvez ça plate de lire juste un livre – c’est parce qu’il est plate, celui-là. Flushez-le! Osez vous immerger dans un imaginaire à la fois. Arrêtez de vous disperser. Concentrez-vous. Méditez, poppez du Ritalin. Faites edquoi.

OK, nuance, je vous pardonne si vous entrecoupez votre Nietsche de quelque chose de plus digeste. La complexité, l’aridité ou juste le spleen intense qui se dégage d’une oeuvre justifie parfois une certaine aération mentale. Moi, Céline (pas la chanteuse), j’ai dû interrompre son voyage au bout de la très très sombre nuit par deux lumineuses stations de métro Zazie, juste pour ne pas être tentée par le combo coquillage pointu / requins décrit plus haut.

Mais c’est tout ce que je vous consens comme latitude, génération ADD. Un livre pour s’aérer d’un autre. Pas deux, et encore moins trois. Si vous voulez découper plein d’affaires partout pis les recoller pêle-mêle à votre guise, faut faire du scrapbooking, pas de la lecture.

Quatre prochains livres que vous allez lire?

Quatre! Quoi, il faudrait que je me confectionne une AUTRE toudouliste, celle-là avec des livres, et que je la coche? De la tellement schnoutz. Sus à l’épicerie littéraire! Pour l’instant, je termine La Dernière Femme de Jean-Paul Enthoven et je tâche de me remettre de l’angoisse suscitée par les pages 113 et 114. (“Entre un écrivain et sa femme, il n’y a que de mauvaises solutions“, portrait de Francis Scott Fitzgerald et de sa femme Zelda à l’appui). Le prochain livre que je vais lire? C’est pas de veaux à faire. Meuh, je chancelle d’avance.

***
Bon, tout ça me fait penser, faut que je ramène Auster à Eva et Marguerite à Sarcastine. Et la tag? Quoi, la tag? Ben non, je la refile pas, la tag. Fait trop chaud pour courir partout. Je vous tague tous en blanc si vous voulez vous essayer, par contre, lecteurs. J’aime bien qu’on me cause littérature. Vous pouvez remplacer “quatre”, par “un”, j’aime bien qu’on me cause à échelle humaine, aussi.

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En direct de mes fonds de tiroir II

14 juin 2007

7 avril 2007. À l’écran, les Canadiens achèvent de (nous faire) souffrir pour la saison. Dans le confort du loft mythique, Sarcastine et moi essayons de canalyser notre stress d’abord et notre déception ensuite en gribouillant n’importe quoi ensemble.

Trois contraintes à notre cadavre exquis à découvert. Premièrement un texte d’une page maximum. On veut quand même boire et suivre un peu la débâcle, aussi. Deuxièmement, chacune ne peut à son tour qu’écrire une seule phrase, peu importe les flambées d’inspiration. Troisièmement, c’est Glamour Boy qui devait choisir la première phrase, ce qu’il a fait distraitement, tout au martyre de son équipe:

“Georges était bleu.” (Pourquoi l’imparfait? Pourquoi?)

Sarcastine a tapé la première phrase. Les miennes sont en rose.

(Commentateurs) :

” – Je pense que Sarcastine domine clairement ce premier match de micropingpong de l’absurde, Roger, on voit qu’elle essaie dès le départ de faire progresser le récit…
- Oui, René, alors qu’Ironica se bucke et tente systématiquement de le faire staller… on note sa première phrase, clairement de mauvaise foi et qui refuse de servir l’action…
- On voit que ça joue du coude aussi avec l’introduction rapide d’un autre personnage…
- Sarcastine a bien joué avec ce “Choupinet” inattendu qui a pris Ironica de court…
- On note aussi la persistance de certains thèmes chez ces joueuses…
- J’allais le dire…
- Devrait-on retourner commenter le match du Canadien, Roger?

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Ah, c’est LUI, ça, l’écoeurant.

12 juin 2007

Il l’avoue en toutes lettres, après son nom, tout en bas de ce communiqué. Qu’on l’arrête.

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Ciel, je pense que ce Hummer me veut

10 juin 2007

Guide pratique à l’usage de la jeune femme qui se fait crier «Hi honey» par un conducteur de Hummer :

1) Étonnez-vous qu’un propriétaire de Hummer s’intéresse à vous, surtout si vous êtes brune, habillée sobrement et peu greyée de devanture.
2) Souriez-lui gracieusement.
3) Pointez-le d’une main. Avec votre autre main, illustrez-lui concrètement, à l’aide de votre pouce et votre index à peine écartés, l’idée que vous vous faites de la taille de son pénis.
4) Reprenez votre marche sereine en chantonnant.

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Il neige

10 juin 2007

Les peupliers argentés sont vraiment des dépravés, à répandre leur semence sur toute la ville, comme ça.

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Considérations domestiques

7 juin 2007

Je viens d’acquérir une penderie. C’est un beau grand meuble solide. Elle peut accommoder 3-4 pendus, facile.

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Sonder le vide

6 juin 2007

Bonjour! Vous êtes qui? Vous. Oui, vous là, qui lisez ces lignes. Vous, qui ne commentez jamais.Vous êtes qui? Ou plus constructivement : vous êtes quoi?

Je demande ça parce que ça m’intrigue salement, mon lectorat occulte.

Je connais certains lecteurs parce qu’ils sont des amis, d’autres parce qu’ils me commentent, parce qu’ils me blogolistent, ou parce qu’ils font écho à ce que je dis (écho qui, remarquez, n’existe peut-être que dans ma tête de demi-PONP – parano obsédée narcissique pessimiste). Il y a aussi un monsieur qui m’a écrit avec beaucoup de cordialité pour me signaler une faute dans un de mes billets et deux filles charmantes qui m’ont envoyé des courriels très bien tournés et que je salue au passage.

Mais on est loin du compte, juste avec ceux-là. Qui sont les autres? Ceux qui font tourner le compteur, mais ne disent jamais rien?

Je suis morte de curiosité face aux données démographiques ignorées même par l’outil de stats le plus sophistiqué. Jeunes ou vieux? Urbains ou ruraux? Gars ou filles? Blogueurs ou non? Nouveaux venus ou visiteurs récurrents? Sarcastiques ou fleur bleue? Amis potentiels ou ennemis malveillants tapis dans l’ombre à guetter ma chute? (En passant, ai-je mentionné ma tête de demi-PONP? )

Masses muettes et inconnues, oiseaux de passage, beaux Italiens opportunément francophiles qui sont tombés sur moi en cherchant l’Ironica originelle, aujourd’hui je vous défie de laisser un commentaire.

Soyez pas gênés. On est entre nous, d’accord? Oui, oui, je vous jure, je regarde mes stats religieusement, on n’est même pas un petit village. (Sauf à l’occasion, quand y a des collègues qui s’amusent à me parodier ou à me faire rougir). On est plus comme un gros gros mariage, mettons une grosse noce italienne, pour faire plaisir aux susmentionnés et aussi parce que c’est une image hautement réjouissante.

Come on! Un p’tit sourire. Un p’tit sourire, là!

Vous avez peut-être peur de dire une niaiserie. Toujours une excellente raison de se taire, j’avoue. Mais là c’est quand même un peu orienté: quelques mots sur ce que vous êtes, c’est tout. Et vous savez, même ceux qui disent beaucoup, beaucoup de niaiseries peuvent espérer un jour se faire des amis au sein de certaines communautés en ligne, où j’ai constaté avec incrédularité que certain troll et certains blogueurs marchaient main dans la main sous l’arc-en-ciel, avec des p’tits zoiseaux qui leur pépient ça autour d’la tête, sous le ciel toujours bleu et blanc. Quelle époque. Quel fabuleux et omniprésent second degré.

Es-tu gêné de ton orthographe? Ben voyons donc, on s’en fout, de ton orthographe. Je fais ben des jokes là-dessus, l’orthographe, mais bottom line, c’est pas toi qui blogue. Anyway, entre toi pis moi: je vais les corriger, tes participes passés. C’est plus fort que moi. Un nom, un adverbe, un pronom écrit tout croche dans un commentaire : whatever. Mais un participe passé qui souffre de son homonymie avec l’infinitif: pas capable. À chacun ses forces pis ses faiblesses. Moi je ne confonds pas le « é » pis le « er », toi tu n’écris pas un paragraphe avec quatre mots en anglais sans même t’en rendre compte parce que t’es à moitié assimilée.

Je le sais, je le sais, c’est futile, comme perche. Insignifiant, comme démarche. J’imagine que y a pas juste des timides, aussi, que y a toute la cohorte issue du faux traffic (des gens qui aboutissent seulement ici parce qu’ils cherchaient des photos de bébé cougar et au lieu de ça ils tombent là-dessus). Y a aussi ceux que ça n’intéresse pas de cliquer « commentaires ». Qui sont saisis d’une angoisse métaphysique à l’idée de laisser une trace d’eux-mêmes sur le Net, qui s’imaginent des millions d’yeux braqués sur eux. Qui sont paranos et qui pensent que je vais me faire un point d’honneur à les retracer. Qui trouvent ma requête impure. Qui n’ont pas le temps. Qui sont trop cool. Qui se demandent bien pourquoi ils feraient ça, de la même façon qu’ils ne porteraient jamais un livre à leurs lèvres pour lui parler, quand bien même on leur assurerait que ce livre répond. Qui se disent que de la lecture c’est de la lecture et que ceux qui parlent à leur lecture sont bizarres, ce genre de chose.

Pourquoi tant de silence? Ça m’intéresse.

Bande de Sphynx (je devrais dire sphynges, apparemment: ouache). Je suis sûre que vous ne répondrez rien du tout. Remarquez, ce serait pas mal, ça donnerait comme un certain second degré à ce billet.