Je suis fière de rapporter que je suis de moins en moins menacée d’anorexie. Non, non, je n’ai pas pris vingt-cinq livres.
Je fais plutôt référence au tempérament ano. Vous savez, les anorexiques, souvent des premières de classe, perfectionnistes, control freaks?
Début vingtaine, je fittais le profil. Mais j’ai mis à profit cette sympathique décennie (toi, profite de la moitié qui te reste encore pis arrête de te plaindre!) pour dropper progressivement derrière moi les mauvaises habitudes, tel un Petit Poucet toxique. (Ramassez pas ça, là, les enfants. Hey. Mettez pas ça dans vos bouches!)
Évidemment, je suis encore folle à bien des égards. Mais maintenant je peux au moins célébrer le triomphe de la spontanéité, de la procrastination et de la désorganisation dans ma vie.
Avant, je faisais le ménage une fois par semaine, le vendredi plus précisément.
Maintenant je fais le ménage quand j’attends de la visite. Ou quand je vois des motons de poussière. Pis même là.
Avant, j’étais maniaquement soucieuse de mon sommeil. Je me couchais à heure fixe, surtout si je travaillais le lendemain.
Maintenant j’ai réalisé que je pouvais fonctionner avec quatre heures de sommeil dans le corps. Plus aucune occaze lumineuse ne m’échappe.
Avant, je faisais mon lavage une fois par semaine, le jeudi plus précisément.
Maintenant, je fais encore mon lavage une fois par semaine. J’ai pas beaucoup de linge, voyez-vous. Mais c’est la journée que ça adonne. Et je pars en cavale en oubliant mes brassées dans le sous-sol, au grand dam des anglaises qui se font un point d’honneur d’attendre poliment et haineusement que je vienne les chercher, parce qu’elles détestent leur tour venu que quelqu’un touche à leurs brassières rembourrées turquoise pis à leurs capris gris cheap.
Avant, je me forcais à terminer chaque livre que je commençais. Respect pour l’oeuvre et pour l’oeuvreur.
Maintenant, si un livre m’ennuie, je le flushe sans façon. “Chef d’oeuvre” (koff! koff!) ou pas. Hey, Juliette Pomerleau, je m’excuse, mais c’est plate rare.
Avant, je faisais mon travail avec zèle, peu importe comment je me sentais.
Maintenant je fais mon travail sans zèle et je passe en premier. Et le ravitaillement musical passe en deuxième. Suivi des nouvelles. Enfin, vous voyez le topo.
Avant je déjeunais tout le temps et je préparais le soir mon lunch du lendemain pour chaque maudite journée de travail que la semaine amenait, et elle avait l’habitude d’en amener cinq.
Maintenant j’engraisse les commerçants du Vieux-Montréal, déjà très prospères de leur crémage de touristes, en y achetant mes déjeuners et mes dîners plusieurs fois par semaine.
Avant j’acquittais les factures dès réception comme elles nous prient aimablement de le faire. Je devais avoir un crédit nickel, lequel restait tragiquement sous-utilisé.
Maintenant j’ouvre le bill de Télépole, j’éclate de rire devant le montant ridicule qu’ils me demandent et après vérification je m’aperçois qu’ils ont raison parce que je n’ai rien payé depuis deux mois et demi.
Avant je changeais religieusement de serviette à tous les trois jours.
Maintenant je regarde ma serviette et je lui demande : « Hey, faudrait-tu que je te change, toi? » Si elle répond, je la change.
Avant je n’acceptais aucune invitation de dernière minute. Trop angoissant. Ah non. J’ai l’air du christ; mes jambes sont pas faites. Vite, un prétexte. Une maladie. Un décès. Mon décès.
Maintenant si Glamour Boy m’appelle à minuit moins cinq, je peux être à la SAT quarante-cinq minutes plus tard, top chrono, top shape. Pas top shape? Y a des drinks pour ça. Jaggermeister Full Throttle, je crie ton nom.
Avant je capotais quand un de mes posts restait sans réponse.
Maintenant je m’en fous. Presque.
Avant je contrôlais tout. Maintenant
je
lâche
prise
wheeeeeeee
wheeeeeeee
(FLOUSH)