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Produit d’époque

22 mars 2007

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Image via cyberpresse

Hé oui. Il y a des ados, même parmi les plus brillants, qui pensent pouvoir piquer un texte sur le Web et s’en tirer. Difficile de ne pas faire le lien entre cette triste affaire et la culture du plagiat et du moindre effort dans laquelle baignent les étudiants, du primaire à l’université (pour les cliqueux: le 24e). Je serais curieuse d’entendre un prof sur le sujet. Un de nos professeurs blogueurs, peut-être?

Tout récemment, j’étais fâchée qu’une personne aboutisse sur ce blogue en cherchant un «travail sur la Métaphysique des tubes». Quoi? Pas assez vaillant pour lire un roman de 100 pages? Et figurez-vous donc que dans mon cours de Gribouillage Universitaire II, j’ai des points pour l’« originalité » de mes travaux. Comme mon prof nous l’a expliqué, ce critère sert à évaluer, non seulement que mon texte déborde de fantaisie, mais aussi que j’en suis bel et bien l’auteure. Tiens, il pourrait prêter son logiciel de détection des « emprunts » aux Intouchables!

Tout ce contexte socio-hystérique n’excuse évidemment pas la petite plagiaire. À douze ans, on sait très bien que c’est mal de mentir. C’est pourquoi on peut témoigner en cour dès l’âge de raison. Trente ans? Non, les poussinots, généralement sept. Mais je ne la blasterai pas. Parce que quand une personne désire être une auteure reconnue de façon si précoce, si exaltée, si peu scrupuleuse, si pathétique, la destruction de sa crédibilité et son humiliation publique en lieu et place des lauriers escomptés sont des punitions suffisantes.

Si elle veut tellement écrire, elle renaîtra de ses cendres, éventuellement. Est-ce que tu sais, Marie-Pier, qu’être auteure à 22 ans, ça serait aussi pas mal? Les gens oublieront, nous sommes un peuple d’oublieux chroniques, regarde les intentions de vote… Si tu veux vraiment écrire, ne fais juste plus l’erreur de miser sur la gloire rapide et sans efforts. La littérature ce n’est pas la téléréalité. Apprend. Expérimente. Guéris. Grandis. Taille ta plume. (Plume… même si l’expression est désuète depuis très longtemps, elle refuse de disparaître. C’est étonnant. Même à leurs claviers, les gens respectent le fantôme de la mythique plume…)

***

Tout ça est troublant, n’est-ce pas? Même moi qui me considère comme une maniaque du rendre-à-César-ce-qui-lui appartient, je m’aperçois que j’ai emprunté cette image à Radio-Canada sans le dire. Voilà, c’est fait. J’ai de nouveau la conscience blanche comme un ipod ou un mollet de compatriote à cette époque-ci de l’année.

Vous, les bloguailleux, surveillez-vous le respect de votre oeuvre? Pourquoi autoriser le partage de vos textes avec Creative Commons ou, au contraire, les frapper d’un gros ©? Donnez-vous dans le préventif? Vous a-t-on déjà piqué une jolie phrase, réellement distinctive, vôtre jusqu’à la moëlle? Comment vous réagiriez?

Étrange Planète Blogue. Nous jonglons avec des paramètres flous, des subjectivités perso-relativistes, une éthique à construire, une frontière élastique entre le droit, la transparence et la courtoisie. Au-delà du plagiat mot par mot, il y a l’emprunt, l’inspiration, le flou, le ah gadonc c’est ben le fun, le recyclage. Il y a aussi, disons-le, la coincidence, la rencontre des intelligences, la banalité et l’air du temps. Comme disait le sage (après quelques poffes), les chameaux virtuels s’abreuvent aux mêmes oasis.

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4 commentaires

  1. Beau questionnement… J’ai réalisé dernièrement qu’une blogueuse me piquait des textes et les reportait presque intégralement sur son blogue à elle. Comme elle ne fait pas du tout partie de mon « petit univers » et qu’elle est beaucoup plus jeune que moi, je laisse aller sans lui faire savoir que je sais. J’observe de loin, les commentaires et réactions suscités par mes textes mais semblant venir d’une toute autre personalité… A bien y penser, c’est quand même flatteur de savoir qu’un blogueur aime s’identifier à ce que l’on écrit…


  2. Vouloir faire passer les idées des autres pour les siennes est choisir la voie de la facilité plutôt que de travailler à faire son propre chemin. C’est un problème qui risque de s’amplifier encore à l’heure d’internet. Là ou ça me dérange davantage, c’est à l’université. Comme le mentionnait radio-canada, le problème va en s’aggravant. C’est donc dire que nos futurs leaders (il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, j’en suis conscient), sont trop lâches ou trop caves pour développer leurs propres idées. Les idées ou les changements les plus structurants sont toujours le fruit d’une intense réflexion et ils sont précédés d’un travail de documentation complet où on consulte les idées de ses prédécesseurs. Les plagieurs doivent réaliser qu’ils se nuisent puisqu’ils ne développent pas leurs capacités au même rythme que les autres élèves plus vertueux.

    Ps : je l’avoue je me suis déjà inspiré des gags de francois pérusse ou des grandes geules pour faire rigoler mon entourage, je m’en vais m’autoflageller sur le champ.


  3. @Amadeus: Belle réflexion. Ne t’auto-flagelle pas, voyons, tout le monde aime entendre une bonne imitation! Tant que tu fais pas de cash avec…

    @Bugs: J’admire ton détachement. Et je suis morte de curiosité. J’ai même essayé de googler des petits bouts de tes textes pour voir où ça m’emmenait… en vain.

    Bonne soirée électorale, messieurs.


  4. En effet, la question est d’actualité.
    Moi, puisque j’enseigne à des adultes, je crois que la question est un peu plus facile à régler. Je les talonne fort en début d’année et je vérifie toutes les sources (c’est long…). Ensuite, on discute. Ce n’est pas très difficile pour un adulte en général de comprendre à quel point l’apprentissage est nul quand on copie.
    Par la suite, je suis un peu moins maniaque. Je me dis que s’ils n’ont pas compris l’idée, c’est eux qui s’autoflagellent (puisqu’on en parle). De toute façon, le métier que je leur enseigne fait en sorte d’éliminer les tricheurs (sauf probablement ceux qui excellent à tricher!). Quand ils sont devant un groupe en plein bois, c’est plus difficile de faire du copié/collé.



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