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Bunny Talk

9 avril 2007

– Arrrrrgghhh…
– Vos gueules, les quadriceps. Dans trois semaines, je vais vous exhiber au soleil. Soyez beaux et taisez-vous.
– Aaaaarrrrggghhhhhhh….
– Jamais vu des galériens aussi moumounes. Y a rien là, 50 livres! La fille là-bas, elle en lève 100…
– Ben là, pis ses jambes pètent pas comme des brindilles au niveau du genou?
– Tais-toi pis lève…

L’ambiance est tranquille au gym aujourd’hui : c’est pas tout le monde qui avait congé. Vimy est commémorée, un peu en sourdine, à la télé. Une fois de temps en temps, on entend de la cornemuse et je m’imagine dans les Highlands avec un beau garçon, un gros chien gambadant autour de nous en bavant de félicité.

Et je les vois. Dépassant, coquines, de la colonne de béton en face de moi. Les… oreilles de lapin. Grises, duveteuses, la gauche un peu repliée. Je les fixe, la droite bat en retraite mais la gauche refuse de disparaître. Une seconde, deux secondes, trois secondes. Deux gros tas bodybuildés, un geek qui vient parfois ici en gougounes et une madame qui accompagne son ipod d’étranges petits cris passent devant moi. De toute évidence, ils n’ont rien remarqué d’anormal.

La funambule qui se débrouillait jusqu’ici plutôt bien sur ma corde raide intime marque une pause. Gracieuse, elle attend mon verdict. Doit-elle continuer son va-et-vient au bénéfice de mon équilibre intérieur? Ou doit-elle se laisser choir en bas, tout en bas, où l’attendent des filets élastiques vraisemblablement porteurs de noms chimiques manufacturés?

Je détourne le regard. Je respire. Roses, vertes et turquoise, les «res balls» sur le mur du fond prennent des allures d’oeufs de Pâques. Mais non, Ironica. Elles sont rondes. RONDES. Respire. Highlands. Beau garçon. Chien. Bave.

Ouf. Les oreilles ont disparu. Ha! Évidemment qu’elles ont disparu. É-vi-dem-fuckin-ment. La funambule reprend du service, les quadriceps aussi. La madame, sereine, vient s’asseoir à la machine d’à-côté. Elle émet de temps en temps, depuis sa bulle ipodée, des sons discordants. Madame, s’il vous plaît, ne faites pas ça. Mon regard est resté collé à la colonne de béton. Je ne veux pas, mais je me penche un peu vers la droite pour voir derrière…rien. Encore un peu…rien. C’est plus fort que moi, je me penche encore un peu plus sur la droite… et éventuellement, un bout d’oreille grise vient récompenser mes efforts morbides. Bra.Vo.

Je le savais. Bloguer, même à temps partiel, rend dingue. Voilà que je craque après seulement deux mois et demi. Je soupire. Au moins ma folie a des oreilles duveteuses, au moins je ne cours pas les rues vêtue d’une poche de jute et coiffée d’immondices en criant que je suis infestée de thetans. Oh, j’aurais dû être attentive aux messages que m’envoyait la Planète Blog: abandons massifs, remises en question, besoin de ressourcement, crises du 25, du 30, du 33, du 35, surmenage, hypersomnie, maux imaginaires divers… Maintenant le seul gars avec qui Chroniques Blondes va vouloir me matcher c’est un psychiatre de l’Hôtel-Dieu à la voix apaisante mais rapide comme l’éclair pour sortir les strapes.

C’est alors que le geek lance : « You look priceless with those bunny ears » à l’intention du comptoir à jus. Celui qui est caché par la colonne en béton. Oh. My. Google. Le geek voit les oreilles? Le geek parle au propriétaire des oreilles? Wow, le geek partage ma folie. J’ai des idées très arrêtées sur ce que cela signifie. Superficielle, je ne peux m’empêcher de déplorer que mon âme soeur ait de grosses lunettes, les cheveux grichous, le teint blafard, une mauvaise dentition, bref qu’il soit un espèce de Napoléon Dynamite mais en brun. Cette pensée me fouette – non, impossible, Aphrodite ne peut pas réserver un pichou à une esthète- et je me lève, quadriceps matés.

Je fais quelques pas vers la gauche. Une des jolies filles qui tient le comptoir à jus s’est mis un serre-tête où pointent des oreilles de lapin très mignonnes et bien faites. Les oreilles oscillent dans ses gracieux déplacements vers la caisse ou le téléphone. Elle s’attire le commentaire rabat-joie d’une harpie (« Easter was yesterday« ) et les fantasmes Playboy du type assis au comptoir. Voyant que je la fixe depuis quelques secondes, elle m’adresse une sourire gentil.

En ajoutant quelques livres punitives à la vierge de fer destinée à me transpercer les mollets, je m’interroge : pourquoi je pense toujours «créature imaginaire retardataire qui s’amuse à me niaiser» avant «honnête caissière aux initiatives fantaisistes tardives»?

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5 commentaires

  1. Dans la jungle de la mise en forme , il peut arriver que l’endomorphine générée par l’effort nous fasse voir des choses inconnues aux personnes qui nous entourent. C’est le temps d’en profiter et c’est naturel


  2. Donc, c’est normal de voir des lucioles. Partout, partout? 🙂


  3. Tu sauras que les lapins sont tout ce qu’il y a de plus réel, et que ce n’est pas seulement les oreilles qui sont duveteuses… héhé…


  4. J’adore les délires gymnastiques


  5. @Babaloubabpoutte, ci-après, Bab: merci pour ces propos rassurants. Moi et REEKEEGEE continuerons donc d’halluciner des créatures diverses en toute quiétude.

    @Bugs: Je savais que j’aurais droit à un clin d’oeil de ta part pour celui-là, soyeuse bête virtuelle. 🙂

    @L’intense: Tant mieux, parce que j’ai l’intention de récidiver!



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