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C’est ma fête, c’est ma fête, c’est ma très grande fête

11 mai 2007

J’ai trente ans aujourd’hui. Trente ans, trente ans, trente ans.

Le fait de vieillir, en lui-même, ne me dérange pas trop. C’est un beau chiffre rond, trente, c’est le bruissement stimulant de la page qui tourne. Vingt-neuf ans, cet âge sursis, cet âge Green Mile, était plus pesant qu’autre chose. J’avais hâte que l’épée de Damoclès s’abatte, que le calendrier encagoulé accomplisse ses basses œuvres, que le glas sage sonne sur mon gâteau et qu’on en finisse.

Non, ce qui me freake, c’est l’inévitable bilan. Pas le bilan Vie de Banlieue / Consommation tel que savamment distillé dans nos esprits par les experts en marketing. Personnellement, je n’en ai rien à foutre d’être locataire pour le restant de mes jours. Je n’en veux pas, d’auto. Je déteste me baigner dans l’eau chlorée. (OK, à trente – degrés, pas années – je tolère). J’aime mieux squatter les barbecues des autres. J’aimerai quand j’aimerai. Je viecommunierai quand je viecommunierai. Et mon horloge biologique, pour l’instant, me dit ceci. Tic. Ouf, toi, guider un petit d’homme sur le chemin de la vie? Tac. Commence par arrêter de t’enfarger dedans toi-même.

Vu. (Notez qu’elle fonctionne quand même, la salope.)

Non, je parle du vrai bilan. Le gros bilan. Le décennal qui fait mal. Celui qui dit que tu peux passer ta vingtaine à t’épivarder tant que tu veux, sex, drugs and rock’n roll, que tu peux jusqu’ici t’être laissée souffler n’importe où, fille plume, mais qu’il va bien falloir que tu fasses quelque chose de ta vie. Sinon, ce qui te guette, c’est te bercer un jour, chenue et égrotante, et avoir au coeur des regrets dont tardent à te délivrer la sénilité et l’Alzheimer. Et moi, non, je ne veux pas porter au coeur le cadavre d’un grand rêve, comme elle l’a si bien dit, m’effrayant d’ailleurs considérablement.

J’étais si bien tant qu’il me suffisait de survivre et de « ne pas »: ne pas lâcher l’école, ne pas perdre la tête, ne pas me fermer de portes, ne pas brûler de ponts. Mais quand trente bougies te chauffent les fesses, te rappelant qu’il est impératif de défoncer lesdites portes et de bâtir lesdits ponts, les choses se corsent, Tino. C’est là qu’il se pointe. Le sale. Le sale mot. Effort.

Ah, ouache. J’ai pas le goût.

Oui, enfant boudeuse, aux cinq ans révoltés, comme au premier jour de ma maternelle, je vous l’avoue sans façons, j’ai pas le goût. Et que je te botte le tricycle de mon p’tit frère, beding et que je te piétine la barrette rose que j’arrache de mes cheveux, croutch.

Je ne prétends nullement être en cela originale. Banalement mainstream, générationnelle, j’ai pas le goût de trimer dur. J’ai pas le goût de faire des efforts quand il n’y a peut-être qu’un cancer fulgurant ou une guerre nucléaire pour m’en récompenser. J’ai pas le goût de me faire chier avec des préoccupations de grande sur une planète moribonde. Bref, comme tant d’autres, j’ai pas le goût de quitter Passe-Partout.

Non mais, regardez ce qui m’attend. Il va falloir être disciplinée. Il va falloir dresser des listes interminables, voire un plan de carrière. Il va falloir se remettre la vie et la tête et le bureau et le placard en ordre. Il va falloir faire des démarches, il va falloir régler des choses et prendre des rendez-vous. Il va falloir s’équiper et ne rien laisser au hasard. Il va falloir rencontrer des gens avec des bas bruns. Il va falloir Powerwithiner un brin.

Il va surtout falloir se botter le cul, cicatriser, se regénérer, se refaire. Cultiver de nouveau la simplicité, la candeur, le culot, le culhigh, plutôt qu’un spleen stérile de pessimiste sauvage. (Mon seyant nuage gris.) Peut-être même faire pousser un peu d’espoir, s’il en traîne encore des bulbes quelque part. L’espoir, ce self-esteem diffus appliqué à l’univers, magie de la sérotonine, luxe de bien-portant. J’en ai déjà eu dans mes plates-bandes. Il me semble que j’aimais ça. Ça sent pas grand’ chose, mais c’est agréable à l’oeil.

Pour rester dans le végétal: Oui, mais pense aux lauriers qui couronneront tes efforts, vaillante petite chose, blabla. Que lesdites odorantes feuilles d’arbuste ne soient pas garanties est déjà assez injurieux en soi sans que je ne m’étende sur une autre inquiétante contingence, qui ne donne pas plus le goût de se grouiller le cul, soit qu’elles ne me satisfassent pas:

– Check, man, la belle couronne de lauriers.
– Ouais, ouais. Mets ça dans le coin là avec les talons de paye de l’année passée, les trois fans pis les jetons de poker.
– Ben là, man. T’es ben ingrate.
– Ouais, je sais. Y reste-tu du tonic?

Djeunes qui me lisez, arrêtez pile, c’est une perte de temps. Allez mettre votre vie en ordre et dresser la liste des dents que vous voulez que la vie crache à vos pieds quand vous l’aurez bien tapochée. Moi, du haut de ma nouvelle sagesse, je vous le dis, je soupire de découragement devant le Fucking Big Ménage qui m’attend. J’aime glander. Je n’ai pas le goût de me shooter à l’ambition. J’aurais aimé mener une vie futile, une vie de bulle, de tulle, de jeune pétasse, de vieille liftée. Malheureusement, ma lucidité, cette épuisante police, me surveille constamment. Elle me connaît bien et a décrété que c’est maintenant ou jamais, avec une force de conviction qui me tauraude l’occiput, me bleuit le front.

Le hic c’est qu’outre ce tyran, j’ai également la tête habitée par un énorme dolmen moussu, dans une clairière mi-ombre, mi-soleil. Une force d’inertie considérable, une formidable capacité d’immobilisme, qui se braque contre tout. Il va falloir que je fracasse ce sympathique minéral pour avancer. Bummer. Moi qui aime tant rester évachée dessus, au soleil, comme un lézard qui attend les Muses et qui ne réagit que quand il pleut à verse ou que des druides hilares le bombardent de gui.

C’est la deuxième allusion à Astérix en 2 jours, ce texte n’est pas sympathique et je vous prie au passage de croire que je suis capable de me botter le cul toute seule. Vous m’excuserez, je suis tout niaiseusement en crise. J’ai trente ans aujourd’hui.

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14 commentaires

  1. Bonne fête quand même! 😉

    Je viens de découvrir ton blog dernièrement et j’adore te lire!


  2. Wow , quel bilan sublime, quel Big One !! Bonne fête, les bougies du gâteau il faut les éteindre et non les laisser enflammer le crémage, bonne chance dans tes démarches de Big Badaboum, et puis j’espère lire ton blogue lorsque tu auras quarante ans… Quel autre magnifique texte ta lucidité d’alors te poussera-t’elle à écrire!!!


  3. J’adore te lire!
    Joyeux anniversaire! 😉


  4. Un sage monologue que j’attendais avec impatience. Et j’aime le fait que des termes comme « Fucking Big Ménage » se trouve dans le même paragaphe que « me tauraude l’occiput ».

    La femme de trente ans, c’est une femme de vingt qui n’en a pas quarante. Joyeux Anniversaire à toi, Falbala.


  5. Je t’en veux. Tu me plonges (non, en fait tu m’obliges à me plonger… est-ce pareil?) dans un bilan alors que je marche à rebours vers mes propres 30 ans. Je t’en veux mais je t’ai lue. Et c’est magnifique ce que tu écris! Alors, je te pardonne et te remercie d’avoir mis des mots sur mes tourments.

    Joyeux anniversaire et n’oublie pas qu’à partir de minuit ce soir, tu n’auras déjà plus 30 ans!


  6. Tu es magnifique et grandiose ma Philippa…
    Dis-moi, aurais-tu pu écrire un tel texte à 20 ans?

    Tu sais, je crois qu’on n’avance pas parce qu’on se dit qu’il le faut, ni parce que c’est ce qu’on pense qu’on doit… mais plutôt parce ce n’est plus possible de rester immobile.
    Prend ton souffle et saute, tu seras surement surprise par la direction que ça prendra.

    Alors du bout de notre chère péninsule et de ma grande sagesse de 30 ans et 3 mois, je te souhaite un magnifique anniversaire.
    Je t’attends pour l’été… quelles merveilleuses soirées en perspectives non?

    Je t’adore!

    P.S.: Moi, je crois que c’est à 30 ans que les femmes se sentent belles. Dans mon cas, c’est incroyablement vrai.


  7. Trente ans, c’est quelqu’un de vingt ans qu’on prend finalement au sérieux. Enfin, en fin, finalement, il était temps diras-tu ? NON, c’est de la foutaise. Ils continueront leur rôle de patron anyway, je suis plus agé que toi donc j’en sais plus… bullshit, ignare, innocent. Même moi, avec les 2 années, presque 3, que j’ai sur toi, j’arrive a être le plus jeune de la boîte, et je ne sais pas comment je fais. Mais, les âges mûrs me rendent fou, ils ont peur du changement. argh!

    Bonne fête, Ah!Muse-toi.
    iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
    (trente bougies pour toir)


  8. @Tous: Merci de vos bons voeux et vos bons mots. Je me suis salement amusée hier, ça commence très bien la décennie!

    @catounette, Anne Shirley, mes indispensables: Merci de vos bons voeux, de vos bons mots + de votre affection et de votre amitié. J’ai très hâte de vous voir. Si je pouvais FFer le temps jusqu’en juillet…(Fast Forward, comme dans « cassette »… vous le voyez ben que je suis vieille.)

    @Eric: Je pratique l’écriture fusion! Contente que ça te plaise, contente d’être Falbala et pas Bonnemine, aussi. 😉


  9. J’arrive en retard pour te souhaiter un joyeux anniversaire virtuel. Bonne Web-fête!


  10. Allo ?!

    Coudonc, es-tu encore sur le party ?


  11. Ou peut-être que son piège à grecque a fonctionné?


  12. @REEKEEGEE, catounette: hahaha. Non, malheureusement, rien de ça. Je vous ai habitués à une cadence plus soutenue, c’est vrai. Mais c’est l’été!


  13. Ouais, bonne fête, joyeux anniversaire. Mes trente ans me semblent si loin…à quarante on regrette la trentaine…à cinquante la quarantaine nous manquera…etc. La vie est drôlement faite.

    N’oublie que ce que tu perds en fermeté épidermique tu le gagnes en solidité intérieure. Rien ne se perd rien ne se cré.


  14. Ayant fêté mes 30 ans quinze jours plus tard, je ne comprends que trop bien tout ce que tu décris ici…



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