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Mauvaise joueuse

18 juin 2007

La rédactrice chauve, que je salue cordialement au passage, m’a filé la tag. On parle livres, les enfants. En fait, on était censé parler livres. On en parlera sérieusement une autre fois.

Quatre livres de mon enfance?

Impossible d’isoler quatre livres dans la masse informe et chère à mon coeur de tous les Petite maison dans la prairie, Comtesse de Ségur, Petit Nicolas, Anne, la maison aux pignons verts et autres « Un bon exemple de kekechose, kekun raconté aux enfants».

Je me contenterai de révéler que dans cette collection, où Grolier exploitait vingt ans avant Mac un exquis design blanc minimaliste, Un bon exemple de soif de savoir… Marie Curie racontée aux enfants était mon chouchou. Pardon à Maurice Richard, Louis Pasteur, Helen Keller, Confucius et la gentille madame qui a parti en Angleterre des prisons féminines qu’avaient enfin de l’allure pis les prisonnières elles arrêtaient d’être des souillones échevelées qui se battent en laissant leurs bébés traîner dans les coins pis elles faisaient de la broderie. En chignon, monsieur.

Les dessins des livres de cette collection étaient laids mais servaient admirablement l’histoire. Par exemple, quand un inspecteur russe entrait dans l’école de Marie Curie, on voyait les petites filles cacher en catastrophe leurs livres de polonais étudiés clandestinement. Ensuite (on tournait la page) on les voyait debout, mains dans le dos, le sourire faux et le sourcil tremblant, face à l’occupant à bonnet de fourrure et moustache chromée. Cette image me stressait à chaque fois. Un bon exemple d’hypersensibilité déréglée… Ironica racontée aux enfants.

Quatre livres que j’emporterais sur une île déserte?

En fait, si on y réfléchit bien, si j’avais des livres sur une île déserte, ça serait par pur hasard. Je les aurais sélectionnés dans l’optique de la destination où je me dirigeais quand le bateau a coulé / l’avion a crashé. Donc ils ne constitueraient d’aucune manière de la lecture d’île déserte. Cette question est absurde. Or, vous l’avez peut-être remarqué, j’ai beaucoup de misère avec ça, moi, l’absurde. L’absurde pis l’ironie. Pas capable.

Je ne lirais pas, moi, sur une île déserte. Je tâcherais dans un premier temps de ne pas mourir de faim et de soif. Ensuite, voici ma prédiction. Après quelques mois sans ordi, sans conversation, sans nouvelles, sans repères, sans loisirs, sans amour, sans alcool, sans bonne bouffe, sans espoir, sans sexe, sans changement, sans amis, sans rien pour me ralentir la tête, je pèterais une dépression ou je virerais follepire et un matin, dans une glorieuse aube jaune et rouge, je m’ouvrirais les veines dans la mer avec un coquillage pointu. Attirés par mon hémoglobine d’excellente qualité, les requins viendraient me manger. C’est plus noble comme fin que de me offer sur la plage et d’être picossée par les goélands, je trouve. Pas vous?

Je ne pense pas que traîner sur mon île Dostoïevsky, Nothomb, Vonnegut ou un autre de ces délicieux névrosés que j’affectionne m’aiderait à échapper à ce funeste destin. Au contraire.

Quatre auteurs que je ne lirai probablement plus jamais?

Wo, wo. C’est quoi, cet appel au jugement? Il ne faut jamais dire jamais. Mal prise, dans une salle d’attente, pas d’ipod, j’aime mieux lire de la schnoutz (ça, c’est comme de la schnoutte, mais yiddish) que rien. Sinon je me mets à regarder autour de moi et ça me déprime. En plus, j’ai toujours peur qu’un autre patient essaie d’entamer la conversation malgré mon air soigneusement rébarbatif. Je lis donc tout ce qui traîne sur les tables, renforcant au passage mon système immunitaire: Paulo Coehlo, Clin d’oeil d’octobre 2004, pages roses d’un vieux Larousse, Christiane F. 13 ans droguée prostituée, brochure médicale sur les dangers de la drogue et de la prostitution chez les jeunes.

Quatre livres que je suis en train de lire?

J’ai un préjugé défavorable à l’égard des personnes qui disent lire plusieurs livres en même temps. Mon cul, quatre livres en même temps. Kessé ça? Moi je dis que vous mentez et que vous dites « lire» des livres que vous n’avez pas ouverts depuis trois mois, sous prétexte qu’ils traînent encore sur la table à café. Ramassez-vous, bâtard. Sinon, soit vous avez beaucoup trop de temps libre, auquel cas je vous suggère de vous partir un blogue, soit vous êtes des méchants craqués.

Ça va faire, le clic pis la zapette! Fixez votre esprit! Si vous trouvez ça plate de lire juste un livre – c’est parce qu’il est plate, celui-là. Flushez-le! Osez vous immerger dans un imaginaire à la fois. Arrêtez de vous disperser. Concentrez-vous. Méditez, poppez du Ritalin. Faites edquoi.

OK, nuance, je vous pardonne si vous entrecoupez votre Nietsche de quelque chose de plus digeste. La complexité, l’aridité ou juste le spleen intense qui se dégage d’une oeuvre justifie parfois une certaine aération mentale. Moi, Céline (pas la chanteuse), j’ai dû interrompre son voyage au bout de la très très sombre nuit par deux lumineuses stations de métro Zazie, juste pour ne pas être tentée par le combo coquillage pointu / requins décrit plus haut.

Mais c’est tout ce que je vous consens comme latitude, génération ADD. Un livre pour s’aérer d’un autre. Pas deux, et encore moins trois. Si vous voulez découper plein d’affaires partout pis les recoller pêle-mêle à votre guise, faut faire du scrapbooking, pas de la lecture.

Quatre prochains livres que vous allez lire?

Quatre! Quoi, il faudrait que je me confectionne une AUTRE toudouliste, celle-là avec des livres, et que je la coche? De la tellement schnoutz. Sus à l’épicerie littéraire! Pour l’instant, je termine La Dernière Femme de Jean-Paul Enthoven et je tâche de me remettre de l’angoisse suscitée par les pages 113 et 114. (« Entre un écrivain et sa femme, il n’y a que de mauvaises solutions« , portrait de Francis Scott Fitzgerald et de sa femme Zelda à l’appui). Le prochain livre que je vais lire? C’est pas de veaux à faire. Meuh, je chancelle d’avance.

***
Bon, tout ça me fait penser, faut que je ramène Auster à Eva et Marguerite à Sarcastine. Et la tag? Quoi, la tag? Ben non, je la refile pas, la tag. Fait trop chaud pour courir partout. Je vous tague tous en blanc si vous voulez vous essayer, par contre, lecteurs. J’aime bien qu’on me cause littérature. Vous pouvez remplacer « quatre », par « un », j’aime bien qu’on me cause à échelle humaine, aussi.

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5 commentaires

  1. Ironica, tu es délirante. Quand tu vas finir par pondre un livre, je te promets que je le trainerai partout avec moi juste au cas où je me retrouve sur une île déserte.


  2. C’est drôle, je ne me suis jamais vraiment arrêté à me demander ce que j’ai déjà lu… C’est quand même fascinant que certains puissent se souvenir si aisément de leurs lectures antérieures et surtout en parler avec autant de style!

    Le seul temps ou je peux me souvenir des livres que j’ai lu c’est quand je fais le ménage de ma bibliothèque ou le ménage tout court comme en fin de semaine ou j’ai retrouvé « Orange mécanique » que j’ai commencé l’hivers dernier. Faudrait bien le finir un jour. Tout comme la série Dune dans ma table de nuit dont j’ai lu le premier tome et je me suis endormi au milieu du deuxième… il y a 3 ans. Faudrait quand même que je retrouve aussi L’histoire de Pi pour le finir… Mais ma lecture actuelle ne subira pas le même sort. Je termine le premier tome de la saga des Rois Maudit et je trouve ça passionnant. Donc, mine de rien, ça me fait quand même 4 livres en cours de lecture. Au diable la monotonie d’une seule lecture à la fois.

    Pour la suite, j’ai seulement 3 livres dans ma mire pour le court et moyen terme: Le deuxième tome des Rois maudits (les autres suivront bien), Les bienveillantes (je me le suis fait conseillé par plusieurs personnes, ça doit être bon) et un recueil de pièces de théâtres d’Eugene Ionesco (ça c’est le dessert, comme une grosse crème glacé mole enrobée de chocolat).

    Et sur une île déserte? Je crois avoir déjà fait la liste de ce que je n’ai pas fini. Ca serait peut-être la solution pour les terminer que d’aller m’exiler sur une île déserte avec ces pauvres livres délaissés… Je vais y penser. J’ai les livres, il ne me reste qu’à trouver l’île.

    Pour l’enfance… euh… je me rappelle plus vraiment. Ah oui, vers la fin de l’enfance et début de l’adolescence fut ma période science-fiction avec mon auteur favori dans ce style, Arthur C. Clark (2001 L’odyssée de l’espace, 2010, 2061, Chant de la terre lointaine et une série de recueils de nouvelles plus passionnants les uns que les autres), auteur philosophe et humaniste qui m’a éventuellement conduit vers Asimov, mais ça, c’est une autre histoire.

    Bon c’est ben beau tout ça mais faut que je retourne à mes affaires. Je voulais juste laisser un petit commentaire et je me suis laissé emporter…


  3. @koko kaï: Si tu m’aimais vraiment comme auteure, tu ferais toi-même crasher l’avion JUSTE pour te retrouver sur une île déserte avec mon livre. I’m just saying.

    @Luc: Héhéhé! C’est normal de se laisser emporter, le sujet (la lecture) est super inspirant. J’ai beaucoup aimé les Rois Maudits également. Et comment peux-tu t’endormir sur Dune? 🙂


  4. La gentille madame qui était gentille avec les prisonniers , c’est Élizabeth Fry pour compléter votre vaste culture


  5. @babeloubabpoutte: Je le sais (et quand je ne sais pas je google) mais sa description était plus rigolotte que son nom.



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