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Metro-Woman, superhéroïne du transport en commun

3 mars 2008

plan-metro.jpgTexte présenté le 2 mars 2008 aux Auteurs du Dimanche. Thème: « Métro».

Fiiiii-douuu-daaaaa!

« Maudite Assomption de Crémazie de Frontenac! s’exclama Metro Woman. Son rutilant bolide de fonction, une rame MR-73 de neuf voitures, d’une capacité de 1200 passagers, dont 360 assis, s’éloignait sans elle. Je devrai prendre le rutilant bolide de fonction suivant. Voilà qui est fâcheux! »

Résignée à attendre, Métro Woman arpenta le quai en astiquant le M sur sa poitrine et en lissant sa cape. À quelques pas d’elle, une ravissante jeune squeegee émergeait du sommeil sur un banc conçu pour les postérieurs étroits et mal nourris des années soixante. Elle s’appliqua ensuite à ramasser les déjections d’un gros labernois au collier studé avec un exemplaire tout frais du journal Métro.

Comme elle était jeune et jolie, trois agents de sécurité de la STM intervinrent presqu’immédiatement. Sans écouter les protestations de la jeune fille, qui affirmait avec véhémence que hey gros j’m’en allais là pis y en a pu de marde à terre, un des agents lui remit une contravention de 170$.

« Halte-là! s’exclama Metro Woman, provoquant la terreur dans les rangs bleu marine, cette jeune fille est mineure! Vous ne pouvez pas lui donner un ticket de plus de 100$! » En effet, Metro Woman avait dû, dans une vie antérieure, se taper des études en droit. Et déchirant le honteux constat qui violait tant le Code de procédure pénale que la décence la plus élémentaire, Metro Woman sauta gracieusement dans la rame qui venait d’arriver sous les aboiements frénétiques et reconnaissants du labernois.

Apercevant une femme en léotard vert et cape jaune surgir devant lui, Bernard Tanguay, 48 ans, employé de KPMG depuis 1986, commença par poser comme hypothèse qu’il hallucinait. Testant ce postulat à l’aide des principes comptables généralement reconnus, il observa discrètement les autres passagers. Il constata qu’il n’était pas le seul à voir le personnage. Beaucoup de personnes arboraient des mines surprises, voire amusées. Rassuré, Bernard Tanguay, confortablement assis car ayant embarqué à Montmorency, 25 minutes plus tôt, se replongea dans son sudoku.

Pour sa part, Metro Woman n’arborait pas une mine surprise et amusée. Elle arborait une mine contrariée. Horrifiée. Debout à ses côtés, une femme avec une bedaine de cinq mois souffrait discrètement à proximité d’usagers assis sur leur steak (car ayant embarqué, 23 minutes plus tôt, à De la Concorde), qui l’ignoraient discrètement. Dégoûtée, Metro Woman en saisit un par le collet et le souleva de terre :
– Pitié, Métro Woman, supplia Jean-François Gingras, 28 ans, employé d’une compagnie de télémarketing. Je pensais qu’elle était juste grosse! Je le jure!
– Pas de pitié pour les coquins en ton genre!, s’exclama notre héroïne. Sinon, qu’est-ce que ce sera ensuite? Des légions de twits plantés à gauche dans l’escalier mécanique et qui n’AVANCENT PAS?!! Elle le secoua violemment, semant la terreur dans le cœur de tous les usagers assis, surtout les para-514.

À ce moment, le rutilant bolide de fonction de Metro Woman ouvrait ses portes à Berri-UQAM. Notre héroïne fit d’une pierre deux coups en projetant Jean-François Gingras contre les masses obtuses qui fonçaient dans le wagon sans attendre que les autres soient sortis.

–Que cela vous serve de leçon! tonna-t-elle, sa cape flottant derrière elle tandis qu’elle courait poursuivre ses aventures en direction Angrignon. Épargnés par sa fureur, deux quidams à la conscience troublée tremblaient en regardant la jeune femme debout.

– Voulez-vous vous asseoir?, demanda le moins traumatisé des deux.
– Non merci, répondit la jeune femme. Vous savez, je suis juste grosse.

Pendant ce temps, en direction Angrignon, tous les sens de Metro Woman étaient en alerte. Elle avait senti une présence maléfique. Quelques longues minutes d’angoisse passèrent. Mue par un fol instinct, Metro Woman sauta sur le quai à Lionel-Groulx et remonta le long de la rame en courant, bousculant tout sur son passage. Elle sauta dans le troisième wagon juste au moment où les portes se refermaient. En plein milieu de celui-ci se tenait son ennemi juré, l’Homme-Liane. Vêtu de son traditionnel léotard orange vif, le vil et répugnant personnage se tenait comme à son habitude enroulé autour d’un poteau, empêchant ainsi les autres usagers de s’y tenir, du moins, sans le toucher.

– Ainsi, nous nous revoyons, Homme-Liane, lança Metro Woman.
– Tu ne peux pas m’arrêter, présomptueuse pétasse!, rétorqua l’Homme-Liane, tandis qu’un virage faisait vaciller les malheureux usagers privés de point d’ancrage. Je triompherai toujours!
– C’est ce qu’on verra, rétorqua Metro Woman en s’élançant sur lui.

PIF! BANG! POW! Le vide se fit autour de l’héroïne et de son antagoniste, qui, entraînés dans un combat sans merci, roulèrent sur le quai de la station suivante, Charlevoix, nommée ainsi en l’honneur de François-Xavier de Charlevoix, jésuite et historien français arrivé en Nouvelle-France en 1720, qui explora le Mississippi.

L’Homme-Liane tentait d’étouffer Metro Woman avec ses longs bras. Celle-ci luttait de toutes ses forces, craignant une issue funeste. Avisant, soudain une carte de la STM expirée qui traînait sur le sol, Metro Woman la plaqua dans le visage de son ennemi en criant : « Regarde ! Ils ont baissé les tarifs, ce mois-ci ! » Distrait par cette information qui ne devait rien à la réalité mais tout à la ruse, l’Homme-Liane chercha à déchiffrer le tarif sur le petit rectangle de plastique de couleur criarde. Cette hésitation lui fut fatale. D’une brusque impulsion des jambes, Metro Woman envoya le terrible vilain voler sur les rails juste au moment où la rame suivante arrivait.

Quarante-cinq secondes plus tard, ingrats et inconscients, quelques milliers d’usagers se mettaient à jurer, chialer et soupirer en entendant un préposé annoncer au microphone une interruption de service sur la ligne verte.

La population du Métro était saine et sauve. Mais… pour combien de temps ?

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3 commentaires

  1. Très bon, bravo! Je m’en veux d’avoir raté ça Dimanche!!!


  2. Wow!!!


  3. Je crois en toi Femme-métro



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