Archive for the ‘Blogosfear’ Category

h1

Marguerite écrivant seule pour des muses taciturnes

25 août 2008

De temps en temps, en interrogeant mon agrégateur, je tombe, non seulement sur des billets de blogueurs que j’aime, mais sur des commentaires comme celui-ci. Ils me font un p’tit v’lours, ces commentaires. Ils me font rêver comme le fantôme folâtre d’une petite vieille, ravie de voir qu’on vient poser des fleurs fraîches sur sa tombe.

Bon,  »tombe » est peut-être un terme un peu fort. D’ailleurs, cette métaphore est croche. Moi, je suis bien vivante, c’est mon blogue qui flatline allègrement. Vie et mort des blogues, un sujet de thèse fascinant.

J’aimerais m’excuser de négliger ceux et celles qui viennent encore ici de temps en temps, espérant quelque billet de ma part. La vérité est que j’ai trouvé une autre tribune et que je n’ai plus de temps pour celle-ci. Je ponds vid sur vid pour urler.tv.

En janvier 2007, au moment d’inaugurer ce blogue en uploadant la photo de Banane-et-la-bouteille-de-gin, je débordais d’idées et d’inspiration, de pensées qui revenaient me spinner dans la tête à intervalles réguliers:  »Moi! Moi! Choisis moi! ». L’idée avait déjà une forme, un début et une fin. Même chose pour les Auteurs du dimanche, une formidable occasion pitchée sur mon chemin par ce charmant personnage, le même qui m’a décerné un prix en forme d’amical bottage de fesses. De la fa-ci-li-té. Ouvrir cerveau, mettre thème, laisser macérer, verser texte dans document. Réciter, espérer que rire, espérer qu’applaudir. Se rasseoir. Boire gin pour calmer vertige. Avoir hâte à la prochaine fois.

Oh, c’est fini ce temps-là, Gerda. Introducing: le néant.

La dernière fois, je m’étais empressée de gratter de la terre sur le problème avec mes pattes arrière en invoquant Facebook, les exigences de la passion et le cynisme existentiel. Tous ces facteurs sont encore aujourd’hui dans mon cas, objectivement, des empêcheurs (dont certains très agréables) de bloguer en rond. Mais le plus gros empêcheur, c’est le fait de n’avoir rien à dire, la tête vide, la Reine de Coeur écrasant de sanglants embryons d’idées sous ses talons, au cri viking de ArkPoch. Comme si toute reconnaissance ne me donnait non pas confiance, mais la cafardeuse certitude de bientôt décevoir. Le deuxième plus gros empêcheur, c’est de n’éprouver qu’une lointaine et nauséeuse désapprobation des évènements désagréables, en lieu et place de l’indignation lyrique, et un abandon proche de la stupeur au ronron du quotidien, tenant lieu de dérive imaginaire.

Impulsion de s’asseoir et de coucher quoi que ce soit sur écran = nulle. Capacité d’automotivation = buisson épineux qui roule par là pendant que ça fait vvijjj dans le background.

J’aimerais m’excuser de négliger ceux et celles qui viennent encore ici de temps en temps, espérant quelque billet de ma part. La vérité est que j’ai trouvé une autre tribune et que je n’ai plus de temps pour celle-ci. J’en suis à mettre la touche finale à mon premier roman.

J’ai l’impression d’avoir échoué. Échoué comme échec et échoué comme épave éventrée sur un récit-F, avec du lichen visqueux sur la tête. Je n’ai pas fracassé le dolmen dont je parlais ici (à l’avant-dernier paragraphe, tapez-vous pas tout ça). Honte sur le gruyère qu’est ma tête.

Bon, là, je me relis, je trouve que j’ai l’air de me prendre au sérieux, je me juge. Je me relis, je trouve que j’ai l’air de me noyer dans mon nombril, je me juge. Je me relis, je trouve que c’est cave de prendre la peine de dire qu’on n’a rien à dire, je me juge. ArkPoch! AAARRKKPPPOOOCCCHHHH!!!

Je sens que je vais devoir émettre des constats désagréables, genre: tu n’as pas d’énergie, tu as la tête vide, tu as des trous de mémoire, ton self-esteem est bas et tu te sacres de toutte. ET on n’est même pas encore en novembre.

J’aimerais m’excuser de négliger ceux et celles qui viennent encore ici de temps en temps, espérant quelque billet de ma part. La vérité est que j’ai trouvé une autre tribune et que je n’ai plus de temps pour celle-ci. Je vais être calife à la place du fucking calife.

h1

Rose programme

2 février 2008

Moi je m’en fous que Barbie contribue à scrapper l’image corporelle des petites filles, en autant qu’elle forme des futures citoyennes modèles, qui ramassent le pipi de leur chat et le caca de leur chien.

h1

Et les saints de Marcel Marceau

24 septembre 2007

Je suis là. Bonsoir!

Il n’est pas question de m’excuser de vous négliger parce que ce serait là contrevenir au craint et respecté Dogme de Lauzon. Je vais plutôt, en m’ébrouant un peu sur cette plate-forme poussiéreuse, soumettre à votre vindicte (vous, les quatre lecteurs qu’il me reste) les principales causes de mon mutisme des dernières semaines. Ce sont eux, les écoeurants. Blâmez-les. Pour faciliter votre fureur vengeresse, je les ai placés en ordre croissant de blâme. (C’est mon côté cartésien. Celui qui va prendre le bord bientôt, automne oblige. Profitez-en, les quantités sont limitées.)

Crackbook

Si vous n’êtes pas encore sur Facebook, restez-en loin. C’est de la droye.

Illustration: le mois dernier, quand j’ai découvert une souris dans ma cuisine, après m’être sainement expérimenté comme femelle en poussant les traditionnels cris perçants, je me suis pitchée sur Facebook pour faire état de l’intrusion, avant même de songer à sortir le balai ou à appeler mon concierge. Deux heures sans et je fatigue. Quatre heures sans et je shake.

Oui, cette joyeuse communauté en ligne me mange du temps. Les heures autrefois consacrées à lire l’actualité, y réfléchir, prendre des notes, rêvasser, me perdre sur le web, me laisser entraîner dans des délires que j’avais ensuite le goût (et le temps) de partager, sont maintenant investies à jouer au Boglicious et au Scrabulous (on ne niaise pas avec les marques déposées de Parker Brothers/Hasbro Inc. sur Facebook, les enfants), à wallstalker les fascinants amis d’amis d’amis qui ont la courtoisie ou la naïveté de garder leur profil public, à commenter des photos, à installer des « applications » aussi utiles que le hamster vibratoire et à attendre (1) et parfois même (2) messages le cœur battant.

En plus, je dois dire que le fait de trouver chaque jour quelque petite phrase accrocheuse pour décrire mon état (status, dans le jargon) afin de tenter de divertir mes amis canalise beaucoup de la créativité que je déversais autrefois ici. Le status update, mes amis, c’est le blogging du pauvre.

Le tout pourrait facilement faire l’objet d’un post et peut-être le fera-t-il.

Cynisme

Qu’est-ce que le spasme de bloguer? Quel avantage en retireujeu? Saturne, planète du Doute, caracole devant mon soleil et me remplit de pensées mortifiantes et anti-bloguesques. Futilité. Gaspillage. Fuite. Procrastination. Niaizzzage. Au départ, ma motivation pour tenir ce blogue était de me dérouiller la plume, laquelle était quasi-mortellement atteinte de vert-de-gris à force de ne rédiger que des galettes arides. Six mois plus tard, je considère que le Rust-Ban a fait son oeuvre. Des fois vous êtes d’accord. Commentaires positifs et présence dans des blogolistes huppées m’ont rosi les joues et m’ont fendu la face d’un sourire timide.

(Petite main gantée qui décrit des quarts de cercles sur un axe vertical.)

Toutefois, outre cette petite et flatteuse (péteuse et flat-titted?) reconnaissance, outre votre gentillesse qui me fait toujours plaisir mais à laquelle je me suis accoutumée en vilaine junkie que je suis, je ne peux pas dire que je tire réellement mon marron du jeu (hommage à toi Jacques). Je blogue pour vous, en quelque sorte. Puisque charité bien ordonnée commence par mon nombril, il est où, moi, mon nanane?

Le tout pourrait facilement faire l’objet d’un post et peut-être le fera-t-il.

Cupidon

Allégresse! Magie! Extase! (Avec en bonus, une p’tite danse jubilatoire: checkez ben ça…(…) hein? hein? oh yeah) Un Cupidon tout ce qu’il y a de kosher, avec boucles chatoyantes et minois de chérubin, à cet étrange détail près qu’il portait des bottes de cowboy, m’a présenté un garçon qui m’a happée dans son monde – sluuuuurrpppp – en moins de temps qu’il n’en faut pour chanter «p’tites patates». (Lien omis à la demande du garçon en question, dont la peu modeste phobie est de devenir le nouveau Ghyslain Raza). Depuis, je consacre beaucoup de temps à: me faire flatter les cheveux, rire, m’émerveiller de ne plus me casser la tête pour rien, jouir par l’oreille, fixer le vide, chasser les guêpes, l’admirer, fumer moitié moins, faire le vide, me faire réveiller à 4h50, faire une Di Stasio de moi-même, guérir, apprivoiser l’orient lointain, de pas démontrer mon inaptitude aux sports en général et à la pétanque en particulier, remplir le vide, donner d’inoffensifs coups de pattes, ne pas appeler ma mère (pardon, Moune), avoir mal aux abdos, brainstormer sur tout ce qu’on va créer ensemble, sauter dans le vide et miauler.
.
Et j’avoue que pour l’instant j’ai plus le goût d’en profiter pleinement en personne que d’en témoigner ici. D’autant plus que ça faisait longtemps que je tentais d’appâter cette grue de déesse fugace. Et d’autant plus-plus que, comme vous le savez, m’épancher au sujet de ma vie privée ne fait pas partie de mes habitudes. Shocker: le slogan qui orne l’entête de ce blogue est partiellement un mensonge. N’est vrai que son regard perçant. Le sien au garçon en question, je veux dire. Mon slogan de blogue n’a pas de regard. Suivez, bâtard.

Le tout pourrait facilement faire l’objet d’un post et peut-être le fera-t-il.

***
Sur ce, je m’en vais croquer la Grosse Pomme et après ça je vais rencontrer la belle-famille. Je me tais donc pour au moins une semaine. Que j’en wouèye un chialer.

h1

The Mysterious Case of the Third Plaster

3 juillet 2007

J’ai une excellente mémoire. Une mémoire pleine de choses roses et grises. Un peu trop pleine. Parfois ma mémoire connaît des ratés et envoit promener quelques menues informations par-dessus bord. Tête de gruyère, c’est ma condition. Y a des choses qui disparaissent par les trous.

Hier soir, je n’ai pas pu m’empêcher de faire remarquer à mon invité mes deux doigts plasterisés. Une coupure de vaisselle. Et une protection préventive contre la nervosité qui maintient mon pouce gauche semi-cicatriciel depuis 2001.

Plus tard au cours de la soirée, en me lavant les mains, j’ai porté atteinte à l’adhésif du plaster sur mon index gauche. Fine. Décolle. Kin, à la poubelle, le cheapozoïde pas waterproof.

Et je suis retournée vaquer à mes devoirs de parfaite petite maîtresse de maison (ha!).

Avec… deux plasters. L’auriculaire droit (coupure). Le pouce gauche (protection).

Je n’ai aucune idée de quand, comment et pourquoi je me suis retrouvée avec un plaster sur l’index gauche. Je tiens à souligner le flegme admirable de mon hôte lorsque, en désespoir de cause, je lui ai posé la question.

Vos hypothèses rationnelles ou farfelues (mais surtout farfelues) sont les bienvenues.

***
Les fâcheux qui me suggèreront d’aller voir un neurologue n’ont pas le sens de la poésie. Ma tête est un fromage suisse capricieux. Ma tête est un ordi qui déconne. Ma tête est un tamis élitiste, qui dompe dédaigneusement le banal pour faire de la place à l’important.

h1

Mauvaise joueuse

18 juin 2007

La rédactrice chauve, que je salue cordialement au passage, m’a filé la tag. On parle livres, les enfants. En fait, on était censé parler livres. On en parlera sérieusement une autre fois.

Quatre livres de mon enfance?

Impossible d’isoler quatre livres dans la masse informe et chère à mon coeur de tous les Petite maison dans la prairie, Comtesse de Ségur, Petit Nicolas, Anne, la maison aux pignons verts et autres « Un bon exemple de kekechose, kekun raconté aux enfants».

Je me contenterai de révéler que dans cette collection, où Grolier exploitait vingt ans avant Mac un exquis design blanc minimaliste, Un bon exemple de soif de savoir… Marie Curie racontée aux enfants était mon chouchou. Pardon à Maurice Richard, Louis Pasteur, Helen Keller, Confucius et la gentille madame qui a parti en Angleterre des prisons féminines qu’avaient enfin de l’allure pis les prisonnières elles arrêtaient d’être des souillones échevelées qui se battent en laissant leurs bébés traîner dans les coins pis elles faisaient de la broderie. En chignon, monsieur.

Les dessins des livres de cette collection étaient laids mais servaient admirablement l’histoire. Par exemple, quand un inspecteur russe entrait dans l’école de Marie Curie, on voyait les petites filles cacher en catastrophe leurs livres de polonais étudiés clandestinement. Ensuite (on tournait la page) on les voyait debout, mains dans le dos, le sourire faux et le sourcil tremblant, face à l’occupant à bonnet de fourrure et moustache chromée. Cette image me stressait à chaque fois. Un bon exemple d’hypersensibilité déréglée… Ironica racontée aux enfants.

Quatre livres que j’emporterais sur une île déserte?

En fait, si on y réfléchit bien, si j’avais des livres sur une île déserte, ça serait par pur hasard. Je les aurais sélectionnés dans l’optique de la destination où je me dirigeais quand le bateau a coulé / l’avion a crashé. Donc ils ne constitueraient d’aucune manière de la lecture d’île déserte. Cette question est absurde. Or, vous l’avez peut-être remarqué, j’ai beaucoup de misère avec ça, moi, l’absurde. L’absurde pis l’ironie. Pas capable.

Je ne lirais pas, moi, sur une île déserte. Je tâcherais dans un premier temps de ne pas mourir de faim et de soif. Ensuite, voici ma prédiction. Après quelques mois sans ordi, sans conversation, sans nouvelles, sans repères, sans loisirs, sans amour, sans alcool, sans bonne bouffe, sans espoir, sans sexe, sans changement, sans amis, sans rien pour me ralentir la tête, je pèterais une dépression ou je virerais follepire et un matin, dans une glorieuse aube jaune et rouge, je m’ouvrirais les veines dans la mer avec un coquillage pointu. Attirés par mon hémoglobine d’excellente qualité, les requins viendraient me manger. C’est plus noble comme fin que de me offer sur la plage et d’être picossée par les goélands, je trouve. Pas vous?

Je ne pense pas que traîner sur mon île Dostoïevsky, Nothomb, Vonnegut ou un autre de ces délicieux névrosés que j’affectionne m’aiderait à échapper à ce funeste destin. Au contraire.

Quatre auteurs que je ne lirai probablement plus jamais?

Wo, wo. C’est quoi, cet appel au jugement? Il ne faut jamais dire jamais. Mal prise, dans une salle d’attente, pas d’ipod, j’aime mieux lire de la schnoutz (ça, c’est comme de la schnoutte, mais yiddish) que rien. Sinon je me mets à regarder autour de moi et ça me déprime. En plus, j’ai toujours peur qu’un autre patient essaie d’entamer la conversation malgré mon air soigneusement rébarbatif. Je lis donc tout ce qui traîne sur les tables, renforcant au passage mon système immunitaire: Paulo Coehlo, Clin d’oeil d’octobre 2004, pages roses d’un vieux Larousse, Christiane F. 13 ans droguée prostituée, brochure médicale sur les dangers de la drogue et de la prostitution chez les jeunes.

Quatre livres que je suis en train de lire?

J’ai un préjugé défavorable à l’égard des personnes qui disent lire plusieurs livres en même temps. Mon cul, quatre livres en même temps. Kessé ça? Moi je dis que vous mentez et que vous dites « lire» des livres que vous n’avez pas ouverts depuis trois mois, sous prétexte qu’ils traînent encore sur la table à café. Ramassez-vous, bâtard. Sinon, soit vous avez beaucoup trop de temps libre, auquel cas je vous suggère de vous partir un blogue, soit vous êtes des méchants craqués.

Ça va faire, le clic pis la zapette! Fixez votre esprit! Si vous trouvez ça plate de lire juste un livre – c’est parce qu’il est plate, celui-là. Flushez-le! Osez vous immerger dans un imaginaire à la fois. Arrêtez de vous disperser. Concentrez-vous. Méditez, poppez du Ritalin. Faites edquoi.

OK, nuance, je vous pardonne si vous entrecoupez votre Nietsche de quelque chose de plus digeste. La complexité, l’aridité ou juste le spleen intense qui se dégage d’une oeuvre justifie parfois une certaine aération mentale. Moi, Céline (pas la chanteuse), j’ai dû interrompre son voyage au bout de la très très sombre nuit par deux lumineuses stations de métro Zazie, juste pour ne pas être tentée par le combo coquillage pointu / requins décrit plus haut.

Mais c’est tout ce que je vous consens comme latitude, génération ADD. Un livre pour s’aérer d’un autre. Pas deux, et encore moins trois. Si vous voulez découper plein d’affaires partout pis les recoller pêle-mêle à votre guise, faut faire du scrapbooking, pas de la lecture.

Quatre prochains livres que vous allez lire?

Quatre! Quoi, il faudrait que je me confectionne une AUTRE toudouliste, celle-là avec des livres, et que je la coche? De la tellement schnoutz. Sus à l’épicerie littéraire! Pour l’instant, je termine La Dernière Femme de Jean-Paul Enthoven et je tâche de me remettre de l’angoisse suscitée par les pages 113 et 114. (« Entre un écrivain et sa femme, il n’y a que de mauvaises solutions« , portrait de Francis Scott Fitzgerald et de sa femme Zelda à l’appui). Le prochain livre que je vais lire? C’est pas de veaux à faire. Meuh, je chancelle d’avance.

***
Bon, tout ça me fait penser, faut que je ramène Auster à Eva et Marguerite à Sarcastine. Et la tag? Quoi, la tag? Ben non, je la refile pas, la tag. Fait trop chaud pour courir partout. Je vous tague tous en blanc si vous voulez vous essayer, par contre, lecteurs. J’aime bien qu’on me cause littérature. Vous pouvez remplacer « quatre », par « un », j’aime bien qu’on me cause à échelle humaine, aussi.

h1

Sonder le vide

6 juin 2007

Bonjour! Vous êtes qui? Vous. Oui, vous là, qui lisez ces lignes. Vous, qui ne commentez jamais.Vous êtes qui? Ou plus constructivement : vous êtes quoi?

Je demande ça parce que ça m’intrigue salement, mon lectorat occulte.

Je connais certains lecteurs parce qu’ils sont des amis, d’autres parce qu’ils me commentent, parce qu’ils me blogolistent, ou parce qu’ils font écho à ce que je dis (écho qui, remarquez, n’existe peut-être que dans ma tête de demi-PONP – parano obsédée narcissique pessimiste). Il y a aussi un monsieur qui m’a écrit avec beaucoup de cordialité pour me signaler une faute dans un de mes billets et deux filles charmantes qui m’ont envoyé des courriels très bien tournés et que je salue au passage.

Mais on est loin du compte, juste avec ceux-là. Qui sont les autres? Ceux qui font tourner le compteur, mais ne disent jamais rien?

Je suis morte de curiosité face aux données démographiques ignorées même par l’outil de stats le plus sophistiqué. Jeunes ou vieux? Urbains ou ruraux? Gars ou filles? Blogueurs ou non? Nouveaux venus ou visiteurs récurrents? Sarcastiques ou fleur bleue? Amis potentiels ou ennemis malveillants tapis dans l’ombre à guetter ma chute? (En passant, ai-je mentionné ma tête de demi-PONP? )

Masses muettes et inconnues, oiseaux de passage, beaux Italiens opportunément francophiles qui sont tombés sur moi en cherchant l’Ironica originelle, aujourd’hui je vous défie de laisser un commentaire.

Soyez pas gênés. On est entre nous, d’accord? Oui, oui, je vous jure, je regarde mes stats religieusement, on n’est même pas un petit village. (Sauf à l’occasion, quand y a des collègues qui s’amusent à me parodier ou à me faire rougir). On est plus comme un gros gros mariage, mettons une grosse noce italienne, pour faire plaisir aux susmentionnés et aussi parce que c’est une image hautement réjouissante.

Come on! Un p’tit sourire. Un p’tit sourire, là!

Vous avez peut-être peur de dire une niaiserie. Toujours une excellente raison de se taire, j’avoue. Mais là c’est quand même un peu orienté: quelques mots sur ce que vous êtes, c’est tout. Et vous savez, même ceux qui disent beaucoup, beaucoup de niaiseries peuvent espérer un jour se faire des amis au sein de certaines communautés en ligne, où j’ai constaté avec incrédularité que certain troll et certains blogueurs marchaient main dans la main sous l’arc-en-ciel, avec des p’tits zoiseaux qui leur pépient ça autour d’la tête, sous le ciel toujours bleu et blanc. Quelle époque. Quel fabuleux et omniprésent second degré.

Es-tu gêné de ton orthographe? Ben voyons donc, on s’en fout, de ton orthographe. Je fais ben des jokes là-dessus, l’orthographe, mais bottom line, c’est pas toi qui blogue. Anyway, entre toi pis moi: je vais les corriger, tes participes passés. C’est plus fort que moi. Un nom, un adverbe, un pronom écrit tout croche dans un commentaire : whatever. Mais un participe passé qui souffre de son homonymie avec l’infinitif: pas capable. À chacun ses forces pis ses faiblesses. Moi je ne confonds pas le « é » pis le « er », toi tu n’écris pas un paragraphe avec quatre mots en anglais sans même t’en rendre compte parce que t’es à moitié assimilée.

Je le sais, je le sais, c’est futile, comme perche. Insignifiant, comme démarche. J’imagine que y a pas juste des timides, aussi, que y a toute la cohorte issue du faux traffic (des gens qui aboutissent seulement ici parce qu’ils cherchaient des photos de bébé cougar et au lieu de ça ils tombent là-dessus). Y a aussi ceux que ça n’intéresse pas de cliquer « commentaires ». Qui sont saisis d’une angoisse métaphysique à l’idée de laisser une trace d’eux-mêmes sur le Net, qui s’imaginent des millions d’yeux braqués sur eux. Qui sont paranos et qui pensent que je vais me faire un point d’honneur à les retracer. Qui trouvent ma requête impure. Qui n’ont pas le temps. Qui sont trop cool. Qui se demandent bien pourquoi ils feraient ça, de la même façon qu’ils ne porteraient jamais un livre à leurs lèvres pour lui parler, quand bien même on leur assurerait que ce livre répond. Qui se disent que de la lecture c’est de la lecture et que ceux qui parlent à leur lecture sont bizarres, ce genre de chose.

Pourquoi tant de silence? Ça m’intéresse.

Bande de Sphynx (je devrais dire sphynges, apparemment: ouache). Je suis sûre que vous ne répondrez rien du tout. Remarquez, ce serait pas mal, ça donnerait comme un certain second degré à ce billet.

h1

Bunny Talk

9 avril 2007

– Arrrrrgghhh…
– Vos gueules, les quadriceps. Dans trois semaines, je vais vous exhiber au soleil. Soyez beaux et taisez-vous.
– Aaaaarrrrggghhhhhhh….
– Jamais vu des galériens aussi moumounes. Y a rien là, 50 livres! La fille là-bas, elle en lève 100…
– Ben là, pis ses jambes pètent pas comme des brindilles au niveau du genou?
– Tais-toi pis lève…

L’ambiance est tranquille au gym aujourd’hui : c’est pas tout le monde qui avait congé. Vimy est commémorée, un peu en sourdine, à la télé. Une fois de temps en temps, on entend de la cornemuse et je m’imagine dans les Highlands avec un beau garçon, un gros chien gambadant autour de nous en bavant de félicité.

Et je les vois. Dépassant, coquines, de la colonne de béton en face de moi. Les… oreilles de lapin. Grises, duveteuses, la gauche un peu repliée. Je les fixe, la droite bat en retraite mais la gauche refuse de disparaître. Une seconde, deux secondes, trois secondes. Deux gros tas bodybuildés, un geek qui vient parfois ici en gougounes et une madame qui accompagne son ipod d’étranges petits cris passent devant moi. De toute évidence, ils n’ont rien remarqué d’anormal.

La funambule qui se débrouillait jusqu’ici plutôt bien sur ma corde raide intime marque une pause. Gracieuse, elle attend mon verdict. Doit-elle continuer son va-et-vient au bénéfice de mon équilibre intérieur? Ou doit-elle se laisser choir en bas, tout en bas, où l’attendent des filets élastiques vraisemblablement porteurs de noms chimiques manufacturés?

Je détourne le regard. Je respire. Roses, vertes et turquoise, les «res balls» sur le mur du fond prennent des allures d’oeufs de Pâques. Mais non, Ironica. Elles sont rondes. RONDES. Respire. Highlands. Beau garçon. Chien. Bave.

Ouf. Les oreilles ont disparu. Ha! Évidemment qu’elles ont disparu. É-vi-dem-fuckin-ment. La funambule reprend du service, les quadriceps aussi. La madame, sereine, vient s’asseoir à la machine d’à-côté. Elle émet de temps en temps, depuis sa bulle ipodée, des sons discordants. Madame, s’il vous plaît, ne faites pas ça. Mon regard est resté collé à la colonne de béton. Je ne veux pas, mais je me penche un peu vers la droite pour voir derrière…rien. Encore un peu…rien. C’est plus fort que moi, je me penche encore un peu plus sur la droite… et éventuellement, un bout d’oreille grise vient récompenser mes efforts morbides. Bra.Vo.

Je le savais. Bloguer, même à temps partiel, rend dingue. Voilà que je craque après seulement deux mois et demi. Je soupire. Au moins ma folie a des oreilles duveteuses, au moins je ne cours pas les rues vêtue d’une poche de jute et coiffée d’immondices en criant que je suis infestée de thetans. Oh, j’aurais dû être attentive aux messages que m’envoyait la Planète Blog: abandons massifs, remises en question, besoin de ressourcement, crises du 25, du 30, du 33, du 35, surmenage, hypersomnie, maux imaginaires divers… Maintenant le seul gars avec qui Chroniques Blondes va vouloir me matcher c’est un psychiatre de l’Hôtel-Dieu à la voix apaisante mais rapide comme l’éclair pour sortir les strapes.

C’est alors que le geek lance : « You look priceless with those bunny ears » à l’intention du comptoir à jus. Celui qui est caché par la colonne en béton. Oh. My. Google. Le geek voit les oreilles? Le geek parle au propriétaire des oreilles? Wow, le geek partage ma folie. J’ai des idées très arrêtées sur ce que cela signifie. Superficielle, je ne peux m’empêcher de déplorer que mon âme soeur ait de grosses lunettes, les cheveux grichous, le teint blafard, une mauvaise dentition, bref qu’il soit un espèce de Napoléon Dynamite mais en brun. Cette pensée me fouette – non, impossible, Aphrodite ne peut pas réserver un pichou à une esthète- et je me lève, quadriceps matés.

Je fais quelques pas vers la gauche. Une des jolies filles qui tient le comptoir à jus s’est mis un serre-tête où pointent des oreilles de lapin très mignonnes et bien faites. Les oreilles oscillent dans ses gracieux déplacements vers la caisse ou le téléphone. Elle s’attire le commentaire rabat-joie d’une harpie (« Easter was yesterday« ) et les fantasmes Playboy du type assis au comptoir. Voyant que je la fixe depuis quelques secondes, elle m’adresse une sourire gentil.

En ajoutant quelques livres punitives à la vierge de fer destinée à me transpercer les mollets, je m’interroge : pourquoi je pense toujours «créature imaginaire retardataire qui s’amuse à me niaiser» avant «honnête caissière aux initiatives fantaisistes tardives»?