Archive for the ‘La Fureur du Français’ Category

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Respecter ceux qui mangent les coquelicots par la racine

5 avril 2007

Cette sympathique utopie du pays bilingue.

Comment des bénévoles britanniques férus d’histoire (BBFH) mais pas vraiment bons en français se sont-ils retrouvés responsables de la traduction officielle de panneaux destinés à expliquer solennellement le monument de Vimy?

Ah, je le sais. Une digne fonctionnaire des Anciens Combattants Canada (FACC) a dû avoir avec eux, quelques mois avant les faits, un échange qui ressemblait à:

– FFAC : So now everything is almost final. We just have to translate the said pannels.
– BBFH: We could do it.
– FFAC : Oh! Well, uh… do you… speak French ?
– BBFH : Yes, of course! Gai Paris, joie de vivre, voulez-vous and so on. I used to spend all my summers in Provence when I was a lad.
– FFAC : Well, you know, I should probably give this to one of our professional translators back in Ottawa…
– BBFH : No, no, please… we’ve devoted our lives to the Battle of Vimy… I assure you we can do this.
– FFAC : All right, all right. You Brits with your goddamn sexy accent, you’re so friggin’ irrisistible!

Le site officiel du ministère des Anciens Combattants sur le centre d’interprétation de Vimy n’est guère mieux, en passant. «Pour entendre les séquences sonores, vous devez transférer le magnétophone Real Player » (kks?), «du la présentation», «decrivant», «XHTML et CSS sont compliants».

Je suppose que pour ça, on ne peut pas blâmer l’accent trop sexy des bénévoles anglais? Qui est-ce qui a traduit ça, Acadie Man?

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Produit d’époque

22 mars 2007

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Image via cyberpresse

Hé oui. Il y a des ados, même parmi les plus brillants, qui pensent pouvoir piquer un texte sur le Web et s’en tirer. Difficile de ne pas faire le lien entre cette triste affaire et la culture du plagiat et du moindre effort dans laquelle baignent les étudiants, du primaire à l’université (pour les cliqueux: le 24e). Je serais curieuse d’entendre un prof sur le sujet. Un de nos professeurs blogueurs, peut-être?

Tout récemment, j’étais fâchée qu’une personne aboutisse sur ce blogue en cherchant un «travail sur la Métaphysique des tubes». Quoi? Pas assez vaillant pour lire un roman de 100 pages? Et figurez-vous donc que dans mon cours de Gribouillage Universitaire II, j’ai des points pour l’« originalité » de mes travaux. Comme mon prof nous l’a expliqué, ce critère sert à évaluer, non seulement que mon texte déborde de fantaisie, mais aussi que j’en suis bel et bien l’auteure. Tiens, il pourrait prêter son logiciel de détection des « emprunts » aux Intouchables!

Tout ce contexte socio-hystérique n’excuse évidemment pas la petite plagiaire. À douze ans, on sait très bien que c’est mal de mentir. C’est pourquoi on peut témoigner en cour dès l’âge de raison. Trente ans? Non, les poussinots, généralement sept. Mais je ne la blasterai pas. Parce que quand une personne désire être une auteure reconnue de façon si précoce, si exaltée, si peu scrupuleuse, si pathétique, la destruction de sa crédibilité et son humiliation publique en lieu et place des lauriers escomptés sont des punitions suffisantes.

Si elle veut tellement écrire, elle renaîtra de ses cendres, éventuellement. Est-ce que tu sais, Marie-Pier, qu’être auteure à 22 ans, ça serait aussi pas mal? Les gens oublieront, nous sommes un peuple d’oublieux chroniques, regarde les intentions de vote… Si tu veux vraiment écrire, ne fais juste plus l’erreur de miser sur la gloire rapide et sans efforts. La littérature ce n’est pas la téléréalité. Apprend. Expérimente. Guéris. Grandis. Taille ta plume. (Plume… même si l’expression est désuète depuis très longtemps, elle refuse de disparaître. C’est étonnant. Même à leurs claviers, les gens respectent le fantôme de la mythique plume…)

***

Tout ça est troublant, n’est-ce pas? Même moi qui me considère comme une maniaque du rendre-à-César-ce-qui-lui appartient, je m’aperçois que j’ai emprunté cette image à Radio-Canada sans le dire. Voilà, c’est fait. J’ai de nouveau la conscience blanche comme un ipod ou un mollet de compatriote à cette époque-ci de l’année.

Vous, les bloguailleux, surveillez-vous le respect de votre oeuvre? Pourquoi autoriser le partage de vos textes avec Creative Commons ou, au contraire, les frapper d’un gros ©? Donnez-vous dans le préventif? Vous a-t-on déjà piqué une jolie phrase, réellement distinctive, vôtre jusqu’à la moëlle? Comment vous réagiriez?

Étrange Planète Blogue. Nous jonglons avec des paramètres flous, des subjectivités perso-relativistes, une éthique à construire, une frontière élastique entre le droit, la transparence et la courtoisie. Au-delà du plagiat mot par mot, il y a l’emprunt, l’inspiration, le flou, le ah gadonc c’est ben le fun, le recyclage. Il y a aussi, disons-le, la coincidence, la rencontre des intelligences, la banalité et l’air du temps. Comme disait le sage (après quelques poffes), les chameaux virtuels s’abreuvent aux mêmes oasis.

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Vous irez voir mon blogue

8 mars 2007

La semaine dernière, au soutien de ta révélation-choc – tu ne veux pas lire mon blogue – tu as invoqué pêle-mêle le fait que tu n’es « pas très blogue », ainsi que ta conviction que mon blogue sera forcément moins bon que mes courriels (parce qu’eux sont adaptés au récepteur). En prime, j’ai eu droit à un subtil reproche sur mon incohérence : l’été dernier, je lançais encore avec dérision «vous irez voir mon blogue», comme pour dire «mon opinion sur cette question est futile et la question l’est plus encore».

Glamour Boy, as-tu remarqué que l’adresse même de ce site est un clin d’œil à mon ironie estivale? Ironie qui n’était d’ailleurs qu’envie inarticulée et poudre aux yeux. Poudre aux yeux que j’achète chez Costco par poches de dix livres parce que j’aime bien garder un peu de flou autour de mes intentions profondes. Ça, tu l’as sûrement remarqué, depuis le temps.

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Pour être honnête, ton refus de venir grossir les rangs de mon lectorat m’a fait de la peine. Je trouvais tes explications vasouilleuses et ton attitude pas très solidaire. Hier, j’ai compris au fil de notre conversation que tu as peut-être juste un peu peur.

Peur de trouver ça poche… et d’être obligé de me le dire, parce que tu sais que je vais te talonner pour avoir du feedback et que je commence à être bonne pour ce qui est de décoder tes réticences diplomates et tes réserves rétives: «Enweye, enweye, crache le morceau». Fut-il un goupillon de grenade.

Peur aussi, probablement, de sombrer tête première dans une intimité dégoulinante. On est tellement réservés, ensemble… Pudique, tu ne veux pas être forcé de te pencher au-dessus du canyon insondable de mon (m)hystère.

Glamour Boy, je te le dis, tu n’as rien à craindre.

Premièrement, toute à ma joie démiurgique, je trippe sur ma créature et tes critiques ne feraient qu’aviver mon désir de faire mieux. Quand bien même tu trouverais que c’est « n’im-PORTE-quoi ». Sincèrement.

Deuxièmement, je ne suis pas du genre à me vomir les tripes dans une splendide envolée cahoteuse ou chaotique, me contentant d’admirer ceux et celles qui le font. Moi j’avoue de-ci, de-là des petites névroses, des petites lubies, des petites hypersensibilités, mais rien de grave. Quand j’ai l’air de me noyer dans mes larmes, c’est parce que je donne dans la satire. Je garde mon jardin secret.

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La seule chose que tu dois redouter, en fait, c’est l’émulation. Hahaha! Sarcastine est sur sa lancée, moi je me suis dotée de cette modeste tribune, toi, tu fais quoi pour te révéler au monde? Toi, le photographe, le vidéaste, le chroniqueur de l’absurde talentueux? Ils deviennent quoi, G$%?&* (je censure le nom du personnage pour ne pas te « outter » comme auteur) et la vache?

Je te prends au mot pour ce que tu as dit hier. Tu peux t’inviter sur ce blogue n’importe quand et je te donnerai carte blanche. (Les Français appellent ça du blogcrossage. Sous nos latitudes, L’OQLF réprouve cette expression pour des raisons évidentes.) Ça me ferait vraiment plaisir.

Pourquoi j’ai écrit tout ça? Ben, pour t’écoeurer, c’t’affaire. Et pour confirmer que tu me lis en cachette. Tiens, une couple de pubs pour me faire pardonner. Regarde tout ce que tu manques en n’étant pas en train de lire ce billet, là!

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Un peu de romantisme

14 février 2007

J’ai utilisé le mot « boute-en-train » (je sais, je m’excuse) dans un travail de Gribouillage Universitaire Quelconque II et j’en ai vérifié l’orthographe dans le GDT, trop lâche pour tendre la main vers mon Larousse.

Boute-en-train. n.m. Mâle (étalon ou bélier) que l’on utilise pour reconnaître les femelles en chaleur. (…) Notes: L’étalon s’approche de la jument et si elle se trouve en rut, il le manifeste par un rictus de la lèvre supérieure appelé rire sardonique de l’étalon. On lui retire la femelle et on la présente au mâle qui lui est destiné. Le bélier boute-en-train est un bélier muni d’un tablier de cuir sous le ventre ce qui l’empêche de saillir, mais comme on a pris la précaution de badigeonner de peinture la face antérieure du tablier, on retrouve ainsi aisément les brebis en chaleur (…).

Bonne Saint-Valentin! À tous et à toutes, des saillies spectaculaires. Puissiez-vous susciter plein de rires sardoniques.

***
Je trouve la traditionnelle déprime des célibataires le jour de la Saint-Valentin particulièrement banale, injustifiée, convenue, prévisible, commune, creuse, excessive et vulgaire. Je me sens donc doublement poche d’avoir le mauvais goût de déprimer aujourd’hui, quoique je tiens à préciser que mon spleen soigneusement poli ne relève pas uniquement de la date.

M’ont aidée à passer à travers cette journée:

  • La neige.
  • Le travail à domicile.
  • La fin d’un mandat d’une platitude ahurissante.
  • La perspective de voir Amant Mélancolique lundi.
  • L’épopée de Mary-Céramike Placard sur RC (et l’ensemble de son oeuvre).
  • La toune hautement appropriée envoyée par Sarcastine (en passant, avez-vous conquis votre robe?).
  • La réaction de Boss Magnanime. « Si tu travailles de chez toi, comment je vais te donner ton chocolat de la Saint-Valentin? »
  • Le commentaire formulé en réponse à la quête de Valentine de ce sympathique jeune homme.
  • Le génie de Walt Disney.
  • La fraise dipée dans le chocolat arborée par Google aujourd’hui.
  • La deux millième visite sur ce jeune blogue.