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Marguerite écrivant seule pour des muses taciturnes

25 août 2008

De temps en temps, en interrogeant mon agrégateur, je tombe, non seulement sur des billets de blogueurs que j’aime, mais sur des commentaires comme celui-ci. Ils me font un p’tit v’lours, ces commentaires. Ils me font rêver comme le fantôme folâtre d’une petite vieille, ravie de voir qu’on vient poser des fleurs fraîches sur sa tombe.

Bon,  »tombe » est peut-être un terme un peu fort. D’ailleurs, cette métaphore est croche. Moi, je suis bien vivante, c’est mon blogue qui flatline allègrement. Vie et mort des blogues, un sujet de thèse fascinant.

J’aimerais m’excuser de négliger ceux et celles qui viennent encore ici de temps en temps, espérant quelque billet de ma part. La vérité est que j’ai trouvé une autre tribune et que je n’ai plus de temps pour celle-ci. Je ponds vid sur vid pour urler.tv.

En janvier 2007, au moment d’inaugurer ce blogue en uploadant la photo de Banane-et-la-bouteille-de-gin, je débordais d’idées et d’inspiration, de pensées qui revenaient me spinner dans la tête à intervalles réguliers:  »Moi! Moi! Choisis moi! ». L’idée avait déjà une forme, un début et une fin. Même chose pour les Auteurs du dimanche, une formidable occasion pitchée sur mon chemin par ce charmant personnage, le même qui m’a décerné un prix en forme d’amical bottage de fesses. De la fa-ci-li-té. Ouvrir cerveau, mettre thème, laisser macérer, verser texte dans document. Réciter, espérer que rire, espérer qu’applaudir. Se rasseoir. Boire gin pour calmer vertige. Avoir hâte à la prochaine fois.

Oh, c’est fini ce temps-là, Gerda. Introducing: le néant.

La dernière fois, je m’étais empressée de gratter de la terre sur le problème avec mes pattes arrière en invoquant Facebook, les exigences de la passion et le cynisme existentiel. Tous ces facteurs sont encore aujourd’hui dans mon cas, objectivement, des empêcheurs (dont certains très agréables) de bloguer en rond. Mais le plus gros empêcheur, c’est le fait de n’avoir rien à dire, la tête vide, la Reine de Coeur écrasant de sanglants embryons d’idées sous ses talons, au cri viking de ArkPoch. Comme si toute reconnaissance ne me donnait non pas confiance, mais la cafardeuse certitude de bientôt décevoir. Le deuxième plus gros empêcheur, c’est de n’éprouver qu’une lointaine et nauséeuse désapprobation des évènements désagréables, en lieu et place de l’indignation lyrique, et un abandon proche de la stupeur au ronron du quotidien, tenant lieu de dérive imaginaire.

Impulsion de s’asseoir et de coucher quoi que ce soit sur écran = nulle. Capacité d’automotivation = buisson épineux qui roule par là pendant que ça fait vvijjj dans le background.

J’aimerais m’excuser de négliger ceux et celles qui viennent encore ici de temps en temps, espérant quelque billet de ma part. La vérité est que j’ai trouvé une autre tribune et que je n’ai plus de temps pour celle-ci. J’en suis à mettre la touche finale à mon premier roman.

J’ai l’impression d’avoir échoué. Échoué comme échec et échoué comme épave éventrée sur un récit-F, avec du lichen visqueux sur la tête. Je n’ai pas fracassé le dolmen dont je parlais ici (à l’avant-dernier paragraphe, tapez-vous pas tout ça). Honte sur le gruyère qu’est ma tête.

Bon, là, je me relis, je trouve que j’ai l’air de me prendre au sérieux, je me juge. Je me relis, je trouve que j’ai l’air de me noyer dans mon nombril, je me juge. Je me relis, je trouve que c’est cave de prendre la peine de dire qu’on n’a rien à dire, je me juge. ArkPoch! AAARRKKPPPOOOCCCHHHH!!!

Je sens que je vais devoir émettre des constats désagréables, genre: tu n’as pas d’énergie, tu as la tête vide, tu as des trous de mémoire, ton self-esteem est bas et tu te sacres de toutte. ET on n’est même pas encore en novembre.

J’aimerais m’excuser de négliger ceux et celles qui viennent encore ici de temps en temps, espérant quelque billet de ma part. La vérité est que j’ai trouvé une autre tribune et que je n’ai plus de temps pour celle-ci. Je vais être calife à la place du fucking calife.

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C.C. Mon blogue

18 avril 2008

«Je pense qu’il n’est pas un seul député ici, quelle que soit sa position sur ce projet de loi, qui ne sympathise pas entièrement avec la douleur que peut entraîner [la perte d’un enfant désiré] pour la victime et ses proches. Toutefois, cela m’a amenée à me souvenir que c’est pour une bonne raison que nous ne confions pas à une personne frappée par la douleur d’une tragédie personnelle le soin de rédiger ou d’adopter des lois dans une société démocratique et plurielle.» – Alexa McDonough, NPD, débats en deuxième lecture du projet de loi C-484.

Bonjour Mme Robillard,

En tant que femme et résidente de Westmount / Saint-Louis, je vous écris pour vous demander de faire preuve de leadership dans l’opposition au projet de loi 484.

Malgré les propos rassurants de rednecks dont le jupon pro-vie dépasse, je trouve ce projet de loi navrant à plusieurs égards, pour des raisons qui sont bien résumées ici.

En gros, ce projet de loi est inutile, porte atteinte à la liberté des femmes et s’inspire de ce que fait la droite américaine dans plusieurs États qui sont loin d’être progressistes.

Je vous serais reconnaissante de transmettre ces préoccupations à votre chef et de témoigner en Chambre du mécontentement des gens de votre circonscription quant à ce projet de loi.

Il faut protéger les femmes – toutes les femmes – contre la criminalité et la violence… mais pas en donnant des droits aux foetus!

Cordialement,

Ironica Lewinsky

En passant, si jamais ce projet de loi était adopté et qu’une province s’avisait de restreindre le droit à l’avortement au nom du droit à la vie du foetus « maintenant reconnu en droit criminel », l’éventuelle audition à la Cour Suprême se ferait notamment devant Louis « Chantal Daigle n’a pas le droit de se faire avorter » LeBel.

(Au moins, on n’a plus à s’inquiéter des retraités, comme le juge John « Traitez les vilaines junkies enceintes contre leur gré » Major et le juge Michel « Le foetus peut poursuivre sa mère » Bastarache.)

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Déneigement

2 avril 2008

Texte présenté au Cabaret des Auteurs du Dimanche le 30 mars 2008.
Thème : « déneigement ».

Jérémy Dessureaux-Loiselle émergea de la sortie J du tunnel Plateau Sud-Est numéro 4, coin Cartier et Laurier. Partout, on ne voyait qu’une immense étendue blanche enserrant les immeubles jusqu’à leur deuxième étage. Jérémy soupira de découragement. On n’était que le 30 mars. Il restait donc pas moins de 6 semaines avant le printemps, la nouvelle échéance ayant été adoptée pour faire comme les Américains par le gouvernement pragmatique du jeune Trudeau – Alexandre – en 2030.

Désorienté, Jérémy consulta sa position sur l’écran de son I-Toutte. « Vous êtes à 142 mètres de votre domicile» sussurra la voie électronique de son appareil. Rassuré, Jérémy règla la voix du I-Toutte à « moins cochonne » et commença à se traîner en direction de chez lui. Passant devant un des rares détecteurs publicitaires de mouvement épargnés par la neige, il fut assailli par une projection holographique d’acrobates et de cracheurs de feu qui se démenaient pendant que les mots « Québec 2058 » tourbillonnaient en arrière-plan. « Y vont-tu nous lâcher avec leur estie de 450e », bougonna Jérémy, chauvin, mais surtout déprimé.

Au passage, Jérémy plongea une main dans sa poche et jetta quelques carottes au troupeau de chevreuils qui traînaient devant le dépanneur Laurier. En effet, les braves bêtes trouvaient les ruelles du 514 passablement plus utiles pour se protéger du vent et de la neige que les épinettes malingres des Laurentides. Ils avaient donc profité du réseau routier rendu inaccessible aux véhicules et traversé la Rivière des Mille-Îles et la Rivière des Prairies, complètement gelées sur 12 pieds de profondeur, pour se répandre dans toute la ville.

Jérémy progressait péniblement vers chez lui, tâchant de profiter des endroits où la pisse de chevreuil avait fait fondre la neige. Finalement, exténué, il parvint jusqu’à ce qui était, l’été, un haut de duplex, frappa à la fenêtre du salon, l’ouvrit, et l’enjamba. Sa copine, Rania était déjà rentrée. Jérémy l’avait rencontrée dans le cadre du programme de parrainage « Flocons et Merguez», soi-disant destiné à aider les immigrants du Maghreb à s’adapter à l’hiver. En fait, le programme visait carrément à les attacher au Québec de façon à ce qu’ils ne repartent pas chez eux. Leurs compétences étaient désormais indispensables dans une nation où la Grande Grève Étudiante de 2016-2021 avait scrappé les connaissances de toute une génération, au nom bien sûr du droit à l’éducation.

Jérémy était à peine entré qu’un « bang, bang, bang » insistant se fit entendre. Il provenait de la trappe d’accès de la locataire du rez-de-chaussée, Mâme Cliche. Comme toutes les personnes habitant au rez-de-chaussée ou dans un semi-sous-sol, Mâme Cliche restait clouée chez elle tout l’hiver. Le gouvernement s’était contenté de faire installer une trappe vers les étages supérieurs pour les situations d’urgence. Tout ce beau monde était ravitaillé deux fois par semaine en nourriture et en produits de première necessité par un organisme qui fournissait aussi des services sexuels afin de garantir la paix sociale, et qu’on appelait donc communément la « Ploplotte roulante ».

Jusqu’ici, Mâme Cliche n’avait pas abusé de son droit de sortie. Elle ne s’en était prévalue que deux fois: une fois pour aller passer les Fêtes chez sa bru et une autre fois en février, pour le traditionnel bingo de mi-hiver. Intrigué, Jérémy ouvrit la trappe. Mâme Cliche se hissa dans leur salon à la vitesse de l’éclair, son teint verdâtre coloré de rose par l’excitation, ce qui faisait un espèce de brun, quand même assez seyant.

-Jérémy! Radia! Écoutez ça! Elle brandissait son I-Toutte, où l’hologramme d’une jeune femme en collants fleurs-de-lys, emblême bien reconnaissable des messages gouvernementaux, attendait poliment que l’on presse « jouer de nouveau ». Le jeune couple se rapprocha tandis que la voisine actionnait l’appareil d’un doigt tremblant :

« … et c’est pourquoi, décrètait la voix du premier ministre, demain le 31 mars, toute la population valide sera mobilisée pour une immense corvée de déneigement. Chaque citoyen sera responsable de l’enlèvement d’une certaine quantité de neige, en fonction de son sexe, de son âge, de sa forme physique et de son indice d’estime de soi indexé. Des camions-ski et des hélicoptères thermiques viendront se poster à 12 629 points différents de Montréal pour recueillir la neige. Les tire-au-flanc seront tirés dans les flancs. Des opérations semblables auront lieu partout à travers le Québec. Soyez prêts dès 7 heures. Fin du message. »

Jérémy n’en croyait pas ses oreilles. Il eut soudain une vision fugace de gazon détrempée, de trottoir, de solidarité partagée. Et pourquoi pas? Pourquoi ne mettraient-ils pas fin au règne interminable de cette saison vindicative en sabotant la source de son pouvoir, ces trois fuckin mètres de neige?

Le lendemain matin à six heures cinquante, Jérémy, Rania et Mâme Cliche étaient au poste, turbopelles à la main, pleins d’espoir. Certains voisins pelletaient déjà le long des immeubles. En attendant les camions et les hélicoptères, ils faisaient des tas au milieu de ce qui allait enfin redevenir la rue. Ça et là, on voyait apparaître le haut d’une fenêtre de rez-de-chaussée et un visage verdâtre et rayonnant. De partout, on entendait le ronronnement des pelles, des jurons enthousiastes et des interjections joyeuses. René-Charles, le voisin primé qui aimait l’hiver, exprimait son mécontentement de voir la saison de ski se terminer ainsi prématurément, mais la menace d’un coup de pelle le fit taire.

Enfin, vers les sept heures vingt, on entendit vrombir un hélicoptère. Aucun camion-ski n’était encore en vue et les congères commençaient à devenir hautes. Enfin, ce premier hélicoptère se posa et les citoyens pelleteurs, partout à travers la ville, entendirent vibrer, sonner, chanter ou gémir leur I-Toutte, signe incontestable qu’un message allait leur être transmis.

Et pour être transmis, il le fut. La voix détestable d’un animateur et imitateur de la Ville de Québec se fit entendre :
-Poisson d’avril, chers Montréalais, hahaha, vous êtes tous bien cutes avec vos petits tas de neige, hahaha, voyons, qu’est-ce que vous faites là, pensiez-vous vraiment qu’on allait venir vous sortir de votre marde blanche, pas du tout, pour une fois que vous pouvez pas péter plus haut que le…

Le reste de son message se perdit dans un hurlement car les 12 personnes les plus proches, dont Jérémy, ainsi qu’un chevreuil, s’étaient introduits dans l’hélicoptère afin de péter la yueule au plaisantin. Celui-ci porta plainte pour voies de fait et les pauvres citadins bernés furent condamnés à six mois de prison. Leur avocat plaida avec beaucoup de brio que cet emprisonnement les empêcherait de jouir de l’été et constituait donc une peine cruelle et inusitée, mais le juge, malheureusement, se montra aussi impitoyable que l’hiver l’avait été.

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Metro-Woman, superhéroïne du transport en commun

3 mars 2008

plan-metro.jpgTexte présenté le 2 mars 2008 aux Auteurs du Dimanche. Thème: « Métro».

Fiiiii-douuu-daaaaa!

« Maudite Assomption de Crémazie de Frontenac! s’exclama Metro Woman. Son rutilant bolide de fonction, une rame MR-73 de neuf voitures, d’une capacité de 1200 passagers, dont 360 assis, s’éloignait sans elle. Je devrai prendre le rutilant bolide de fonction suivant. Voilà qui est fâcheux! »

Résignée à attendre, Métro Woman arpenta le quai en astiquant le M sur sa poitrine et en lissant sa cape. À quelques pas d’elle, une ravissante jeune squeegee émergeait du sommeil sur un banc conçu pour les postérieurs étroits et mal nourris des années soixante. Elle s’appliqua ensuite à ramasser les déjections d’un gros labernois au collier studé avec un exemplaire tout frais du journal Métro.

Comme elle était jeune et jolie, trois agents de sécurité de la STM intervinrent presqu’immédiatement. Sans écouter les protestations de la jeune fille, qui affirmait avec véhémence que hey gros j’m’en allais là pis y en a pu de marde à terre, un des agents lui remit une contravention de 170$.

« Halte-là! s’exclama Metro Woman, provoquant la terreur dans les rangs bleu marine, cette jeune fille est mineure! Vous ne pouvez pas lui donner un ticket de plus de 100$! » En effet, Metro Woman avait dû, dans une vie antérieure, se taper des études en droit. Et déchirant le honteux constat qui violait tant le Code de procédure pénale que la décence la plus élémentaire, Metro Woman sauta gracieusement dans la rame qui venait d’arriver sous les aboiements frénétiques et reconnaissants du labernois.

Apercevant une femme en léotard vert et cape jaune surgir devant lui, Bernard Tanguay, 48 ans, employé de KPMG depuis 1986, commença par poser comme hypothèse qu’il hallucinait. Testant ce postulat à l’aide des principes comptables généralement reconnus, il observa discrètement les autres passagers. Il constata qu’il n’était pas le seul à voir le personnage. Beaucoup de personnes arboraient des mines surprises, voire amusées. Rassuré, Bernard Tanguay, confortablement assis car ayant embarqué à Montmorency, 25 minutes plus tôt, se replongea dans son sudoku.

Pour sa part, Metro Woman n’arborait pas une mine surprise et amusée. Elle arborait une mine contrariée. Horrifiée. Debout à ses côtés, une femme avec une bedaine de cinq mois souffrait discrètement à proximité d’usagers assis sur leur steak (car ayant embarqué, 23 minutes plus tôt, à De la Concorde), qui l’ignoraient discrètement. Dégoûtée, Metro Woman en saisit un par le collet et le souleva de terre :
– Pitié, Métro Woman, supplia Jean-François Gingras, 28 ans, employé d’une compagnie de télémarketing. Je pensais qu’elle était juste grosse! Je le jure!
– Pas de pitié pour les coquins en ton genre!, s’exclama notre héroïne. Sinon, qu’est-ce que ce sera ensuite? Des légions de twits plantés à gauche dans l’escalier mécanique et qui n’AVANCENT PAS?!! Elle le secoua violemment, semant la terreur dans le cœur de tous les usagers assis, surtout les para-514.

À ce moment, le rutilant bolide de fonction de Metro Woman ouvrait ses portes à Berri-UQAM. Notre héroïne fit d’une pierre deux coups en projetant Jean-François Gingras contre les masses obtuses qui fonçaient dans le wagon sans attendre que les autres soient sortis.

–Que cela vous serve de leçon! tonna-t-elle, sa cape flottant derrière elle tandis qu’elle courait poursuivre ses aventures en direction Angrignon. Épargnés par sa fureur, deux quidams à la conscience troublée tremblaient en regardant la jeune femme debout.

– Voulez-vous vous asseoir?, demanda le moins traumatisé des deux.
– Non merci, répondit la jeune femme. Vous savez, je suis juste grosse.

Pendant ce temps, en direction Angrignon, tous les sens de Metro Woman étaient en alerte. Elle avait senti une présence maléfique. Quelques longues minutes d’angoisse passèrent. Mue par un fol instinct, Metro Woman sauta sur le quai à Lionel-Groulx et remonta le long de la rame en courant, bousculant tout sur son passage. Elle sauta dans le troisième wagon juste au moment où les portes se refermaient. En plein milieu de celui-ci se tenait son ennemi juré, l’Homme-Liane. Vêtu de son traditionnel léotard orange vif, le vil et répugnant personnage se tenait comme à son habitude enroulé autour d’un poteau, empêchant ainsi les autres usagers de s’y tenir, du moins, sans le toucher.

– Ainsi, nous nous revoyons, Homme-Liane, lança Metro Woman.
– Tu ne peux pas m’arrêter, présomptueuse pétasse!, rétorqua l’Homme-Liane, tandis qu’un virage faisait vaciller les malheureux usagers privés de point d’ancrage. Je triompherai toujours!
– C’est ce qu’on verra, rétorqua Metro Woman en s’élançant sur lui.

PIF! BANG! POW! Le vide se fit autour de l’héroïne et de son antagoniste, qui, entraînés dans un combat sans merci, roulèrent sur le quai de la station suivante, Charlevoix, nommée ainsi en l’honneur de François-Xavier de Charlevoix, jésuite et historien français arrivé en Nouvelle-France en 1720, qui explora le Mississippi.

L’Homme-Liane tentait d’étouffer Metro Woman avec ses longs bras. Celle-ci luttait de toutes ses forces, craignant une issue funeste. Avisant, soudain une carte de la STM expirée qui traînait sur le sol, Metro Woman la plaqua dans le visage de son ennemi en criant : « Regarde ! Ils ont baissé les tarifs, ce mois-ci ! » Distrait par cette information qui ne devait rien à la réalité mais tout à la ruse, l’Homme-Liane chercha à déchiffrer le tarif sur le petit rectangle de plastique de couleur criarde. Cette hésitation lui fut fatale. D’une brusque impulsion des jambes, Metro Woman envoya le terrible vilain voler sur les rails juste au moment où la rame suivante arrivait.

Quarante-cinq secondes plus tard, ingrats et inconscients, quelques milliers d’usagers se mettaient à jurer, chialer et soupirer en entendant un préposé annoncer au microphone une interruption de service sur la ligne verte.

La population du Métro était saine et sauve. Mais… pour combien de temps ?

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Éléonore et les papillons

3 mars 2008

Texte présenté aux Auteurs du dimanche le 17 février 2008. Thème: «Amour». Les plus observateurs noteront une phrase et une expression recyclées de ce billet. Je suis vachement écolo.

Nous nous sommes rencontrés en cette saison équinoxalement équilibrée où la chlorophylle recommence à investir dans le végétal et où les volatiles de tout acabit, fraîchement revenus ou encore plus fraîchement jamais partis, chient de nouveau sur nos balcons en pioupioutant sans retenue leur instinct apparemment pressant de se frotter le cloaque.

Assise sur un banc de parc, je lisais en affichant clairement le titre de mon livre, ainsi que mes jambes, dans une entreprise urbano-intello-printannière typique. C’est alors que, debout devant un gros objet métallique que les designers urbains trouvaient conformes aux normes de la modernité en 1972, tu retroussas symétriquement en ma direction la commissure de tes lèvres charnues en un arc-de-cercle socialement significatif.

Tu étais vêtu de façon à suggérer une saine appartenance à la société de consommation, doublée d’une autocritique face à la nécessité de t’en distancer. Tu étais coiffé de manière à refléter une hygiène capillaire irréprochable assortie d’un souci d’avoir l’air de t’en foutre. Tu mesurais un mètre quatre-vingt quinze et arborais plusieurs caractères sexuels secondaires recherchés, tels que des épaules larges, une pilosité domestiquée, et une pomme d’adam. Le tout pour qui pense généralement en termes de « package » laissait présager un organe viril d’appréciables proportions.

Tu optas pour une approche directe, franche et pertinente, en me tendant la main. « Bonjour, dis-tu, moi c’est prénom populaire en 1980 mais pas assez pour que tu conclues que ma mère est une kétaine finie qui passe ses après-midis à écouter des soaps» et j’en fus franchement ravie car quoi de plus repoussant, au stade du fantasme-test initial, que de s’imaginer devoir éventuellement au lit gémir un prénom laid.

-Moi, c’est Éléonore, répondis-je en me redressant et en offrant stratégiquement au faisceau de tes iris de couleur recherchée un sillon mammaire suffisant pour déclencher dans ton cerveau une série de visions destinées à t’encourager à aller plus loin, un effet hormonalement optimal et démographiquement prévisible.

Ici, pour se représenter la scène, il serait peut-être bon d’évoquer une divinité grecque somme toute mineure, imberbe, obèse, et ceinte d’une couche, fendre l’air en semant l’effroi chez les pigeons et en tirant des flèches dans notre direction au mépris de la statistique et de la réglementation du Plateau Mont-Royal.

C’est avec joie que je te cédai après quelques battements de cils ces sept chiffres que je loue pour aussi peu que 49,95$ par mois. Tu ne tardas pas à m’appeler et à me procurer par l’oreille des petites nausées pas désagréables. Tu voulais me revoir. Pour notre premier rendez-vous, tu m’emmenas voir un spectacle d’Esbroufe, un nouveau groupe très populaire, sans toutefois que ce succès ne s’aventure loin des toupets irréprochables de la marge bien-pensante.

Il y avait foule. Les gens se secouaient de façon rythmée et agrémentaient le tout de mouvements de leurs membres plus ou moins en lien avec les sons émis par le groupe, selon leur degré d’expérience dans ce genre d’exercice. Des nymphettes nubiles affichaient leur condition d’êtres sexués face à un chanteur indifférent, un clavieriste entreprenant et un guitariste suant et tumescent. Des accords néo-seventies post-pop planant mâtinés de machines et des relents de swing formaient une trame propice à l’absorbtion de gin tonics. Ceux-ci eurent sur nous l’effet désinhibant escompté. Nous crûmes conséquemment bons d’enrouler nos langues l’une autour de l’autre dans un mouvement giratoire répétitif et assorti d’onomatopées de type « mmmmmmm ». Ce fut le début.

Nous nous entendions à merveille. Je me voyais déjà, lors des fêtes de fin d’année, libérée des interrogations apocalyptico-bienveillantes de matantes à la moustache foncée. Tu me maniais avec un mélange efficace d’égards et de dérision. Tu me tenais la porte. Tu me tenais mes sacs. Tu me tenais par la barbichette. Tu me tenais la main. En plus de tenir, tu dégageais. Surtout des phéromones. Sous l’effet de ces efficaces particules chimiques, mon cerveau et ma moëlle épinière sécrétaient des endorphines. Et je me sentais bien. Mon cerveau sécrétait de la sérotonine. Et je me sentais heureuse. Mes ovaires secrétaient de la testostérone. Et je me sentais… Après avoir attendu le délai requis pour que tu ne me perçoives ni comme une guedaille, ni comme une prude, nous échangâmes enfin nos fluides corporels.

Au début, tout allait bien. Plus d’un voisin évitait sur le palier de croiser mon regard, gêné sans doute de m’entendre gémir toutes les nuits ton prénom populaire en 1980 mais pas assez pour que je conclues que ta mère est une kétaine finie qui passe ses après-midi à écouter des soaps, ainsi que d’autres gémissements génériques et inarticulés simplement destinés à souligner le bien-être génital, paragénital et affectif provoqué par nos soubresauts (et particulièrement ton fameux « truc des jointures »). Le sexe et le moral étaient bons. Main dans la main, nous gambadions vers l’arc-en-ciel, celui peint à la cacanne sur une murale du quartier, destinée à insuffler dans l’âme de la jeunesse locale la joie invincible d’être de plein de races différentes et de dire non à la drogue.

Mes amis t’appréciaient. Nous faisions des projets. Je me sentais moins insatisfaite de mon image corporelle et c’est sans trop de boules qui font mal à l’estomac que je pouvais te surprendre à lorgner d’un regard appréciateur le cul de passantes chronologiquement postérieures à moi-même.

Puis un jour tu m’as dit que tu étais fatigué de m’entendre disséquer chaque fait sans jamais me laisser emporter par l’émotion. Que tu me trouvais trop cérébrale. Hyperanalytique. «Ben que trop dans ta tête, tabarnak» furent tes mots exacts et ultimes. Ce fut la fin.

Maintenant je suis seule.

Je me surprends parfois à rêver d’un nouveau toi. Et surtout d’une nouvelle moi. Une moi normale. Une moi qui saura me laisser émouvoir par les papillons de l’amour, qui les suivra dans leurs extravagantes vrilles. Au lieu de les étudier de près, de très près, de trop près, jusqu’à les épingler dans une boîte sans le faire exprès.

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On fait tous du blog business

17 février 2008

On m’a taguée et re-taguée et ce serait vraiment asocial et discourtois de ne pas me plier à cette grande vague de contamination cyclique. Je vais donc vous révéler six choses que vous ne savez pas à mon sujet. Car tel est mon bon plaisir. Je suis comme ça, moi. Généreuse de ma personne. À défaut de ma face. De mon nom. Ou de mon sein gauche.

Six faits inconnus sur Ironica, la blogueuse

Avant de me partir un blogue, je n’avais jamais lu de blogues de ma vie.

Quand un collègue blogue sur un sujet défraîchi sur lequel tout le monde a fini de s’exprimer depuis des semaines ou sur un vidéo que j’ai reçu par courriel en 2006, je suis gênée pour lui.

Dans mon Jardin secret, je cache des poèmes inspirées par le dernier (dernier dernier) garçon qui m’a fait de la peine.

Je connais bibliquement deux des personnes de ma blogoliste. Non, je ne linkerai point.

Je collabore fièrement quoique très rarement à cette province débilo-dada de l’empire rappazhan, née d’un après-midi à la taverne.

Martin Petit m’a demandé de collaborer aux Auteurs du Dimanche. Aujourd’hui, c’est dimanche et je chie des taques.

Et je vais taguer, euh… Richard Martineau, Patrick Lagacé, Dominic Arpin, Nicolas Langelier, Steve Proulx et Carl Charest. Quoi, il faut que j’aille le leur dire? Ah ben pouish alors, non, moi j’aime juste la tag old school où les liens entrants font la job, pas question. Je joue pus. Je stalle la vague de propagation comme Cristine, et je publie les règlements nulle part, ah, c’est comme ça, vous le saviez que j’étais une mauvaise joueuse.

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Rose programme

2 février 2008

Moi je m’en fous que Barbie contribue à scrapper l’image corporelle des petites filles, en autant qu’elle forme des futures citoyennes modèles, qui ramassent le pipi de leur chat et le caca de leur chien.